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 the night we met - demetrio

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third ward


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in town since : 19/12/2018
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MessageSujet: the night we met - demetrio   Jeu 20 Déc - 18:56

the night we met Un lundi ressemblait à un mardi, et un mardi à un mercredi, un jeudi, ou un vendredi. La seule variante c’était le dimanche où trouver un bar était plus compliqué. Mais ce jour-là était différent, ou plutôt particulièrement désagréable. Il avait reçu cette invitation qui sonnait comme une insulte à son oreille. C’était comme si Demetrio Gartzea lui avait craché au visage avant de rire. Parce que non content d’avoir participé à l’implosion de sa vie avec son petit air satisfait, il venait maintenant le narguer en terrain conquis en l’invitant à une rencontre littéraire où il lirait une de ses nouvelles. Lui, l’écrivain raté, qui souffrait de son incapacité à coucher le moindre mot comme s’il était atteint d’une impuissance littéraire bien plus difficile à digérer qu’une banale panne sexuelle. Sa première réaction avait été de déplacer le mail dans la corbeille puis de se servir un verre pour laver l’amertume d’un affront pareil. Il aurait encore préféré recevoir une photo de son ex-femme au bras d’un gigolo plus jeune et plus frais que lui que cette invitation. Seulement c’était comme si son ancien étudiant continuait de le narguer depuis le cimetière des messages électroniques. Il l’entendait chanter et l’alcool n’aidait pas à brider ce genre de vision.

Bon an mal an il avait tenté d’enterrer l’idée, de continuer le cours misérable de sa vie comme si Demetrio n’avait creusé un peu plus le lit du fleuve. Il avait bu dessus, puis dormi, mais l’invitation était ce cheval de Troie qu’il ne parvenait plus à repousser en dehors de ses frontières. C’était aussi une excellente lame de fond qui brassait toute la vase accumulée dans les profondeurs de son âme. Il en avait oublié le plaisir éprouvé pour ne se souvenir que de l’horreur : l’horreur de découvrir la photo envoyée, comprendre ce qui l’attendait, et voir cet affreux sourire de Demetrio qui semblait à mille lieues de regretter son geste. Simon était persuadé qu’il avait éprouvé du plaisir à tout bousiller.
Il avait ce feu qui brûlait dans le fond de ses pupilles et qui n’était qu’un avant-goût, un avertissement de la calamité que pouvait être un pareil personnage dans une vie. C’était peut-être même d’ailleurs ce risque, accompagné d’une bonne dose d’alcool qui avait couché le professeur. Sa vie était d’une platitude sans fin, et ce scintillement obscur avait été la promesse d’une montagne russe. Malheureusement il avait mal calculé son coup, ce qui ne devait être qu’amusant avait muté en catastrophe. Il ne retenait de cette nuit que le réveil hasardeux, la panique, la colère et mieux encore, la rancune.
Alors quand il osait reprendre contact pour lui faire écouter sa littérature, c’était une triple punition. Pourtant depuis son divorce il avait pris goût à la souffrance, et semblait chercher par tous les moyens à s’enfoncer un peu plus. C’est ce qui le poussa à rester sobre le jour de la rencontre à l’auteur, et même à enfiler une chemise propre et repassée. Il ne voulait pas proposer plus de prises à son cauchemar en laissant ses faiblesses transpirer.

Il s’était assis dans le fond, écoutant d’une oreille distraite les échanges entre lecteurs et écrivain. Ce petit con écrivait lui. Il avait songé à sortir son téléphone pour fixer son regard sur autre chose que l’affront personnifié mais il n’aimait pas fuir une fois qu’il avait fait le choix de prendre le risque de s’exposer. Il était donc resté dans le fond de la salle, le regard obstinément rivé sur ce visage juvénile. Il savait pertinemment que Demetrio avait remarqué sa présence. Il était trop intelligent pour passer à côté d’un homme d’une quarantaine d’années qui faisait face à un lectorat dont la moyenne d’âge n’était pas loin de la moitié du sien. Il était sorti avant la fin, lorsque les gens commençaient à réclamer des dédicaces et autres griffes. Cela dépassait ce qu’il pouvait supporter. Il attendit à la sortie, tuant le temps en allumant une cigarette qu’il n’avait pas réellement envie de fumer. Il aurait tué pour un verre mais cette partie torturée de lui réclamait une confrontation.  

Il exhala un nuage blanchâtre en voyant Demetrio passer la porte dédicace. « Ca méritait vraiment une invitation ? Même les lycées font mieux que ça en terme d'intrigue quand ils s'envoient des sextos. »


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Dernière édition par Simon Norcross le Sam 22 Déc - 20:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Sam 22 Déc - 18:14

the night we met Il avait su percer la foule de son regard fatigué, mais toujours aussi intense. Demetrio avait milles vies qui gravitaient derrière ces pupilles empoisonnées par l'alcool et la drogue. Il avait pourtant su empoigner le regard de son professeur. Il n'avait pu le quitter du regard. Cette invitation était complètement puérile. La seule preuve de ses vingt-un éclats de vies brisées. Pourtant, il avait quelque chose de différent chez notre jeune écrivain. Il avait d'autres secrets derrière cette invitation. Des secrets qui le rongeaient depuis trop longtemps. Demetrio paraissait plus alangui que d'habitude. La nuit avait été courte et plus éprouvante. L'étudiant savait se détruire. Il en était devenu un maître incontesté. Il en portait les réminiscences. Ses cheveux en bataille avaient leurs propres vies. Un enchevêtrement capillaire.  Son visage était chiffonné et le col de son manteau était taché par le dieu Dionysos.

Il souffla enfin quand cette stupide séances de dédicaces se termina. Il détestait cette célébrité. Celle-ci lui rappelait chaque jour qu'il l'avait volé à son propre frère. Elio, de son prénom, aurait adoré cette émulation. Il aurait sorti son plus grand sourire et aurait simplement brillé, car son vrai jumeau était ainsi. Il était la partie sombre, Elio la partie luminescente. C'était étrange, mais s'il avait invité son professeur de littérature, c'était pour son frère jumeau. Il avait des comptes à solder et aujourd'hui c'était le grand jour. Il chassa d'une main les deux ouvrages qu'on lui présenta devant lui. Il pensait depuis longtemps que son tempérament à envoyer balader ses croupies auraient une incidence sur sa jeune célébrité. Pas du tout. Il était apprécié comme ce jeune écrivain blasé et camé. Il avait l'impression que plus il envoyait les gens paître, plus sa côte montait en flèche. Ce n'était pas complètement ahurissant ?  

Il arriva à se faufiler à l'extérieur et fixa Simon tout en sortant son paquet de cigarette de ses poches. Il glissa un bâtonnet cancérigène entre ses lèvres et essaya d'allumer sa cigarette plusieurs fois sans succès. Il fixa avec intensité ce quarantenaire, car il savait pourquoi il l'avait invité aujourd'hui. Il n'arrivait pas à savoir pourquoi il avait accepté, surtout après tout ce qu'il avait fait pour détruire sa vie. Il lâcha un sourire d'homme épuisé par ses nuits trop courtes et s'avança pour voler la cigarette aux bords des lèvres de son professeur. « Un sexto, vous ne seriez pas venu. Et, j'avais besoin que vous veniez. J'avais besoin de vous parler. » Il alluma sa cigarette en collant les deux bâtonnets l'un contre l'autre. Il rendit ensuite sa fraise incandescente à son propriétaire.

Demetrio s'approcha de Simon. Le temps ne semblait pas avoir fait fuir ces souvenirs qui revenaient à sa mémoire. Il abandonna son regard sur ces lèvres et se perdit dans leurs contemplations. Il aurait pu les vénérer ces lèvres, même si ses crimes l'empêchaient de quémander toutes clémences. Il avait brisé deux vies. Peut-être pouvait-il en sauver une ? L'écrivain plongea dans son long manteau gris qui empestait le vieux whisky. Il n'y avait rien de sexy chez ce jeune homme. Un SDF aurait paru plus fringuant que lui. Il sortit finalement un roman à la couverture fatiguée et aux pages cornées. Norcross ne pouvait avoir oublié cet ouvrage. Il prit les mains de son professeur et le força à s’emparer de son roman.

Il tira une taffe de sa cigarette et souffla la fumée au-dessus de leurs têtes. « Vous l'avez dédicacé à mon frère. Je ne pense pas que vous vous en souvenez. Il s'appelait Elio. Il vous vénérait. Ce livre c'était...Il s'en séparait jamais. Je me souviens qu'une fois il l'avait fait tombé dans son bain. J'étais allé lui en acheter un autre exemplaire et il me l'a juste balancé dans les parties.  » Demetrio se mit à rire tout seul à ce souvenir heureux d'un être disparu et qui lui manquait comme une partie de son âme. « Je pense qu'il vous aimait. »  La fumée tomba lentement et leurs visages furent envelopper de cette brume blanchâtre, comme si le monde venait de disparaître et qu'ils n'étaient plus que les deux seuls êtres sur cette terre. « Vous  devez me haïr. C'est plus une affirmation qu'une question. Mais, j'ai besoin de...disons une heure de votre temps. J'ai besoin de vous dire des choses. Il aura des excuses dedans si cela peut vous décider ? »

Demetrio montra le bar en face du bout de sa cigarette qui brûlait entre ses doigts. « Il est dix-heures du matin ici, mais quelque part dans le monde, cela doit bien être l'happy-hour ? Je paye ma tournée. » Il s'avança et quitta le trottoir. Il marcha à reculons tout en regardant son professeur. Il s'avança alors que les voitures klaxonnaient et devaient freiner pour ne pas écraser le pauvre bougre.« Si vous me suivez pas, je vais rester là et vous aurez ma mort sur la conscience. Je pense pas que cela aide trop pour l'inspiration. » Il allait surement mourir percuter par un camion de livraison. Peut-être c'est ce que l'étudiant cherchait ? Non, il était beaucoup trop lâche pour mourir. La peur de la souffrance était bien trop forte. Il préférait la mort lente par ses poisons préférés

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Sam 22 Déc - 20:13

Spoiler:
 
the night we met Simon commença à dodeliner mollement de la tête : il refusait d’entendre ce genre d’inepties. Besoin de lui parler. Il préférait fixer son regard droit devant lui plutôt qu’affronter la vision de ce jeune homme qui avait été le caillou sur lequel il avait trébuché et qui l’avait précipité tête la première dans la boue. Il aurait pu continuer ce rôle de guerre froide si Demetrio n’avait pas eu l’audace de lui prendre sa cigarette, attirant l’attention sur lui. Il lui asséna un regard méprisant mais reprit sa dose de nicotine quand il la lui rendit ; ça aurait été puéril et capricieux de sa part que de ne plus vouloir toucher au tabac après un affront aussi banal. Ca n’était qu’une poussière comparée à ce qu’il lui avait fait auparavant. Il vit d’un même œil mauvais le rapprochement, tel un chien errant prêt à mordre, refusant que l’étudiant franchisse la ligne rouge en étant familier avec lui. Pourtant il se laissa piéger, n’ayant qu’une fraction de seconde d’hésitation. Un battement infime mais suffisant pour qu’il se laisse refiler ce qu’il considérait comme du poison. Il faillit lâcher le livre comme si la couverture était dotée d’un quelconque pouvoir incandescent mais il prêtait encore suffisamment d’attention aux mots qu’employaient ses interlocuteurs pour noter le passé qui accompagnait la mention d’un frère. Le vivant méritait sa colère mais pas un défunt contre lequel il n’avait rien. Si cela n’avait tenu qu’à lui il aurait sorti son briquet pour brûler ce roman qui l’empêchait de dormir encore aujourd’hui. Il était l’incarnation double de la réussite et de l’échec humiliant. Un trait de génie mais un seul, unique, comme un coup de chance hasardeux. Et ce coup de chance était comme la foudre : il ne frappait pas deux fois au même endroit. Il était contraint de reconnaître que son talent n’en était pas un apparemment, juste un heureux coup du sort qui aujourd’hui faisait son malheur.

Pour la première fois depuis ce matin il daigna écouter le jeune homme avec attention, même si cela ne lui tira ni compassion ni sourire. Il n’avait aucune empathie à distribuer à Demetrio, pas même pour un frère décédé. Il attendait la chute, impassible, car il doutait avoir été invité là simplement pour entendre des anecdotes dont il n’avait que faire. Il tira une longue bouffée sur sa cigarette. Peut-être avait-il aimé la version plus jeune, plus dynamique de Simon, quand tout allait bien, quand le bouquin se vendait et qu’il ne se doutait pas qu’il perdrait à jamais l’inspiration. Un jeune trentenaire tantôt jovial tantôt bileux pendant les dédicaces. Qu’il le veuille ou non ce dernier point était une donnée qu’il retrouvait chez son élève dont l’amabilité semblait suivre un chemin similaire au sien vis-à-vis de ses fans.

« Non. » Le refus brutal survint alors même que le jeune homme n’était pas allé au bout de son idée. Il refusait de donner une heure de ce temps qui ne lui servait à rien mais qu’il préférait utiliser égoïstement à ne rien faire plutôt que l’offrir à celui qui hantait ses cauchemars. « Des excuses ? Que veux-tu que je fasse de tes excuses ? Que je les vende au plus offrant ? J'en fais un livre et je te le dédicace ? » Aucun mot ne viendrait réparer ce qui était cassé, et cela n’annulerait pas sa chute, alors c’était du temps de perdu. Il écrasa sa cigarette qu’il ne prit pas la peine de finir. Il voulait simplement se sortir de là, fuir ce bout de trottoir et rejoindre sa tanière pour continuer de mourir à petit feu, loin de ce babillage absurde. Il aurait pu en être ainsi si Demetrio n’avait pas impunément tapé dans sa faiblesse. Cela ne le rendait que plus détestable à ses yeux. Un verre. C’était exactement ce dont il avait besoin présentement, et si pour cela il devait supporter quelques instants supplémentaires l’effronté, qu’il en soit ainsi. De la part de quelqu’un d’autre il aurait pu s’amuser de cette traversée périlleuse mais pas de sa part à lui. Il soupira en cédant à cet appel alléchant et traversa sans un regard pour cet étrange personnage qui refaisait surface dans sa vie sans prévenir.
« Tu étais mort avant l’invitation et ça ne m’empêchait pas de dormir. » Il avait simplement envie de le précipiter sous les roues d’un taxi pour oser plaisanter sur l’inspiration mais c’était mentir que d’avancer qu’il ne troublait pas son sommeil. Bien au contraire il ne passait pas une nuit sans qu’il soit hanté par un fragment de souvenir. Il avait longtemps soutenu à sa femme qu’il ne se souvenait de rien mais ça n’était pas vrai non plus. Une fois son sang débarrassé des molécules d’éthanol des bribes plus ou moins épicées lui étaient revenues. Elle avait suffisamment mal vécu que son mari la trompe avec un homme sans qu’elle ait besoin d’être abreuvée de détails.

« J’espère pour toi que tu sais synthétiser, tu as le temps d’un verre, pas plus. »  A condition qu’il s’en tienne à un verre, cela laisserait très peu de temps au garçon pour exprimer les tenants et les aboutissants de cette étrange invitation. Il pénétra le bar comme un homme en domaine conquis. Il trouvait une forme d’apaisement dans ces lieux qu’il connaissait encore mieux que son appartement. Les bars avaient de rassurant qu’ils étaient quasiment toujours ouverts et toujours prêts à lui apporter sa dose pour confirmer sa dépendance qui n’était plus à faire. Il se terra dans un coin par habitude, parce qu’à 10 h du matin ça n’était pas la foule qui allait les étouffer. Il posa le livre entre eux et en tapota la couverture fatiguée. « Il te ressemblait. Mais beaucoup plus avenant et souriant. »  Il ne s’en serait pas souvenu sans les mots de Demetrio, mais il avait été marqué par quelques fans plus prononcés que les autres et ce frère en avait fait partie. Il avait même paru plus passionné que Simon lui-même, ce qui avait éveillé une forme d’amusement. Malheureusement pour lui il avait toujours été plus attiré par l’obscurité que la lumière. Il donna un coup de menton en direction du jeune homme et accepta pour quelques secondes de plonger son regard dans le sien. « C’est le nouveau look pour conclure avec un sans-abri ? »  Il aurait pu ajouter qu’il l’avait connu plus attirant mais il n’avait aucune envie de partir dans cette direction, et dès lors qu’il refusait de prendre une pente il mutait en âne bâté dont l’obstination n’avait d’égal que la mauvaise humeur.


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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Mar 25 Déc - 5:19

the night we met Demetrio n'attendait aucun mot doux ou caresse. Il savait le combat perdus d'avance, mais les combats perdus d'avance cela ne lui avait jamais fait peur. Il était une cause perdue. Il n'y avait que Elio qui pensait encore à sa rédemption. Dans ces moments les plus sombres, l'écrivain insultait ce frère : comment pouvait-il encore croire en lui ? Était-il idiot ou simple d'esprit ? Il aurait voulu le frapper pour qu'il reprenne pieds dans la réalité. Rien ni personne ne pouvait le sauver ? Pourquoi s'acharner alors ? Le rejet de Simon avait quelque chose de très amusant pour Demetrio. L'aigreur du professeur à son égard était comme un nouveau poison. Cela avait quelque chose de piquant et d'excitant. Il avait toujours cédé aux appels des sirènes des opiacés pour ressentir quelque chose. Il avait ce besoin de sentir envie sous cette couche infâme de boue que pouvait être sa vie.

Il se ne vexa en rien à ces mots blessants et ses attaques. Il leva simplement ses épaules, car son professeur avait raison. Il était mort pour lui, il s'en doutait. Il était mort pour beaucoup d'hommes de cette ville. Demetrio en avait blessé des hommes écorchés, à laisser leurs cœurs saigner sur un bout de trottoir. Ce n'était ni un jeu, ni une distraction, plutôt une résultante de ses addictions. Il n'aimait pas sentir les corps moites après l'orgasme qui se colle à lui, cela lui soulevait le cœur. Il n'aimait pas que quelqu'un s’inquiète pour lui ou veille sur lui. Il n'y avait que Elio qui avait ce rôle de garde de fou et maintenant il n'avait plus personne. Il n'avait plus que lui et ses démons pour éclairer son obscurité abyssal.

Il regarda avec intensité Simon et hurla pour couvrir les bruits de cette ville qui pouvaient se montrer étouffants. Il prit ses deux mains et les plaça de chaque côté de sa bouche pour en faire un entonnoir. « Si, je suis mort, pourquoi vous êtes venu ? » Il aurait pu le pousser sous les roues d'un taxi qui le frôla à la limite de l'accident catastrophe qui pullule dans les journées télévisées chaque matins. Le taxi klaxonna l'étudiant et celui-ci lui répondit par un majeur dressé et fier. C'était les usages et coutumes ici bas. Peut-être que Simon était venu lui foutre une droite ? Il aurait bien ce droit de payer le coût d'un mariage brisé par quelques prémolaires. Demetrio entra dans ce bar et se posa avec cette question en tête : Pourquoi son professeur n'était jamais venu lui faire payer par quelques gouttes de sang et d'os brisés ? Mais, il n'allait pas oser perdre son temps s'il n'avait droit qu'à un verre.
Ils se terrèrent dans un trou, comme deux hobits, la pénombre était la cache parfaite des alcooliques qui ne voulaient pas sentir le regard des autres plomber leurs descentes aux enfers. Il fit signe au barman et commanda pour lui. «  Un whisky sec. Sans glaces. Et, pas votre merde en vitrine là. Je veux la bonne bouteille. » Il se tourna vers l'homme à cette barbe fournie et affriolante. Qu'est ce qu'il aurait aimé passer ses doigts dans celle-ci. Il en fantasmait déjà. « Et, monsieur, prendra ? »

Demetrio regarda le livre posé entre eux. Cela lui faisait mal de voir l'ouvrage. Il était comme un vampire devant la sainte croix. Il aurait voulu détourner le regard. Ce livre, c'était son dernier souvenir de Elio. Il avait donné toutes ses affaires à l'armée du salut, car il savait que c'était ce que son jumeau aurait voulu. Il toussa bruyamment, crachant ses jeunes poumons déjà goudronnés. Il offirt un sourire si triste que son regard s'embua. « Elio c'était un rayon de soleil à lui tout seul. Il aimait tout le monde, et tout le monde l'aimait... » Demetrio aurait pu passer milles et une nuit - et faire sa Shéhérazade - pour compter tous les souvenirs merveilleux de son frère jumeau. Il toussa à nouveau et passa une main dans la jungle informe que pouvait être ses cheveux. Il en tira un reste de crackers qu'il jeta au-sol. Depuis quand il s'était autant laissé aller. Est-ce que Elio aurait aimé le voir ainsi ? « Je n'arrive plus à m'occuper de moi, dernièrement. Ma dernière douche doit remonter à la semaine dernière... » Il tapota sur la table du bout des doigts pour tuer ce moment de faiblesse. « Mais, vous m'avez dit que je devais faire court. » Il avait la gorge si sèche. Il avait besoin d'un verre, son addiction faisait trembler ses lèvres et tambouriner sa pauvre caboche. Il cacha ses mains tremblantes sous la table.

« Même si votre verre n'est pas encore sur la table. Je vais faire simple, car vous avez raison. Je suis mort pour vous. Je n'ai droit à aucun traitement de faveur. Mon frère vous vénérait et je le détestais pour cela. J'ai toujours été le jumeau jaloux et compulsif. Cela m'a prit un matin, comme cela, je voulais vous faire mal. Je voulais briser ce que Elio idolâtrait autant. C'est pour cela que je vous ai dragué et que je vous ai ramené chez moi. C'est pour cela que j'ai prit cette photo et que je l'ai envoyé à votre femme. » Demetrio s'arrêta pour reprendre son souffle. Sa peau était liquide et son regard baissé. Comment pouvait-il affronter le regard de Simon dans un moment pareil ? Les verres furent posés sur la table. Il devait se presser. Son professeur pouvait le vider d'une traite. « On s'est disputés le jour de sa mort dans ce métro. Mon frère qui m'avait toujours tout pardonné, n'avait jamais été aussi en colère. Il m'a dit qu'il me reparlerait plus si je me rattrapais pas...Puis, il est tombé sur le rail de ce métro...  » Ce fut Demetrio qui vida son verre en premier, d'une traite. C'est bien ce qui était nécessaire après un tel retour dans le passé si douloureux. Il s'essuya la bouche comme un vieux marin dans un port à l'autre bout du monde. Déjà, il devait sentir un peu dans la même veine.

Il planta son regard dans celui de son professeur. « Donc, le deal, que vous le vouliez où non, je vais plus vous lâcher.  Je me le dois pour honorer sa mémoire. Donc, maintenant, vous avez votre propre petit lutin magique attitré. Faites moi récurer vos chiottes, envoyés moi demander pardon à genoux à votre femme, vous chercher de la bouffe à l'autre bout de la ville à trois heures du matin. Humiliez moi si vous voulez. Punissez moi en me faisant laver à la main vos slips sales si cela peut vous rendre le sourire. Déjà, ici, j'attends pas votre approbation. Je vous donne juste l'info du jour. »

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Mar 25 Déc - 7:55

Spoiler:
 
the night we met Simon aurait pu s’abaisser à un doigt d’honneur pour toute réplique mais ça n’était ni dans ses habitudes ni dans son registre. Il préféra le mutisme au hurlement, attendant qu’ils aient tous les deux traversés pour répondre. « J’en sais foutrement rien. » C’était une vérité désarçonnante pour lui. Il ne parvenait pas à trouver de justification. Pourquoi tant d’efforts ? Pourquoi s’être levé, lavé et habillé pour accepter une invitation humiliante ? Une part de lui avait besoin de revoir Demetrio, de frôler à nouveau tout ce qui ne semblait être qu’un vaste cauchemar, pour vérifier qu’il n’était pas une invention de son cerveau. « Je dois aimer les enterrements. » Il était plutôt doué en mort imaginaire : la mort de son pseudo talent, la mort de ses ambitions, la mort de son mariage, de son amour-propre. Enterrer était devenue la seule discipline où il se voyait comme un champion.
La lumière tamisée était rassurante, il aimait l’ambiance calfeutrée d’un bar en pleine journée, loin de l’effervescence nocturne qui pouvait le rendre sourd. Il eut ce geste de la main méprisant, il n’avait cure de ce qu’il buvait pourvu que cela lui anesthésie la bouche et le cerveau. « Faites-donc la même chose. » Lorsque le barman se détourna il repoussa le livre en direction de Demetrio. Il se sentit imperceptiblement vaciller à ce sourire triste, si fragile et sincère que cela forçait une trêve de quelques secondes dans son ressentiment. « Garde-le. Un jour tu seras heureux d’avoir quelque chose de ton frère. » Il avait du mal à se représenter le jeune homme plus vieux : survivrait-il assez longtemps pour atteindre son âge ou bien finirait-il défenestré par quelqu’un qui ne supporterait plus ses agissements ? Il retrouvait dans cette faiblesse la jeunesse et la fougue qui avaient contribué à sa chute.

La justification de tous ces événements lui parut absurde. Il savait déjà que Demetrio était celui qui avait osé faire la photo et l’envoyer à sa femme. Il n’avait jamais compris cet enchaînement étrange, digne d’un amant jaloux et maintenant que les pièces du puzzle se remettaient dans l’ordre il n’y trouvait aucun soulagement, aucun apaisement. Il y avait des mois qu’il avait fait taire ces questionnements en les asphyxiant des vapeurs d’éthanol, alors leur apporter des réponses maintenant n’avait plus de sens. Il resta muet, faisant craquer ses doigts un à un pour tuer le temps. La chute était pathétique et cruelle. Ce qui ne devait être qu’une petite vengeance avait presque des allures de meurtre. Son regard s’attarda sur le jeune homme qui vidait son verre alors qu’il grattait distraitement cette barbe qu’il ne rasait que lorsqu’il y pensait, c’est-à-dire rarement. « Tout ça pour une triste histoire de jalousie fraternelle. Et à ton frère tu lui as fait profiter de ton talent de photographe ou tu lui as réservé un petit film ? » Il se sentait comme un pion sur un plateau de jeu macabre mais c’était le cadet de ses soucis. Cela l’aurait sans doute excédé à l’époque de leur rencontre d’apprendre le pourquoi du comment, mais maintenant qu’il avait si bien égorgé son amour propre dans les ruelles d’Harvey à vomir trippes et boyaux, cela n’avait plus d’importance.
« C’était puérile de ta part, ça me déçoit je te pensais plus intelligent. Tu aurais pu être jaloux de l’amour de la vie de ton frère, mais un banal écrivaillon, marié et hétéro, deux fois son âge, il n’y aurait jamais rien eu et avec le temps il serait passionné pour autre chose ou quelqu’un d’autres. Est-ce que sur le coup ça t’a au moins apporté de la satisfaction de savoir tout ce que tu bousillais ? C’était jouissif de voir les dégâts engendrés ? Tu me dois bien ce genre de vérité. »

La suite le laissa pantois. Etait-ce une plaisanterie ? Si c’était le cas elle n’était pas au goût de Simon. « Ca te ferait bien trop plaisir que je t’humilie, tu dois aimer souffrir sinon nous n’en serions pas là. » Ils étaient faits de la même veine, celle qui recherche avant toute chose la destruction pour se sentir vivre puis mourir. Il n’avait aucune envie d’écoper d’une sangsue qui s’agripperait à sa jambe à ses moindres mouvements. Lui rendre le sourire : était-ce là son but ? Sa cause perdue ?  Il avait résisté à son verre jusque-là se laissant le plaisir de le faire tourner et de regarder son poison subir la houle comme une mer prête à l’engloutir tout entier. « Tu crois pouvoir imposer quoi que ce soit ? Tu te penses en mesure de résister ? Je me fiche que tu laves mes fringues, à notre époque il existe des lavomatiques qui le font et qui sont plus sympathiques que toi. Mon ex-femme n’a pas besoin que tu ailles lui lécher les pieds sauf si tu veux la sauter. » C’était la goutte de trop, ça réveillait cette douleur qui elle-même aiguillonnait sa colère. Il ne l’imaginait que trop bien dans son appartement classieux de Chicago, à écarter les cuisses pour son associé avec lequel elle gagnait tous les mois trois fois ce que lui ne gagnerait en une vie de professorat. Il vida son verre sans même sentir le goût de ce qu’il avala. Il fit ce geste qu’il ne connaissait que trop bien pour réclamer une nouvelle rasade. « Ma tournée. » Il acceptait de perdre momentanément du terrain en offrant un second verre à l’étudiant mais il ne pouvait pas s’arrêter à un verre et il était certain que s’il bougeait de table son nouveau parasite attitré le suivrait sans peine.

Il se faisait l’effet de ces terres hostiles dévastées par quelque catastrophe nucléaire : tout n’était plus que radiations mortelles et désolation. « Tu t’es dit que tu ne pouvais pas vivre dans ton marécage en acceptant que ton frère puisse ressentir des choses qui te dépassaient, et au bout du compte tu te retrouves à survivre avec l’idée qu’il est mort fâché contre toi. C’est pas terrible comme calcul dis-moi. » Simon savait pertinemment que toutes les charges ne pouvaient être retenues contre Demetrio. Que s’il avait eu une nature plus saine il ne se serait jamais laissé séduire par cet éclat étrange qui enflammait les iris du jeune homme. Maintenant il savait ce qu’il avait vu, et il savait pourquoi il avait cédé à l’impensable : le temps d’une soirée il avait l’impression de n’avoir jamais vu quelqu’un aussi vivant, parce qu’il incarnait à la fois la faiblesse et la brutalité sauvage qui ne cherche que le goût du sang.
A cette époque-là il était enfoncé jusqu’à la taille dans la vase de son mariage. Ni heureux ni malheureux il s’était laissé happé par un quotidien banal. La pugnacité de sa femme qui l’avait tant séduit lors de leur rencontre le fatiguait, ça n’avait plus rien d’excitant, elle s’en servait juste pour mieux le mettre à genoux et le ramener à ses échecs, parce qu’elle, elle réussissait. Alors Demetrio aidé de l’alcool avait eu gain de cause. Depuis le divorce il avait gardé son alliance à son annulaire. Non pas par sentimentalisme ou par espoir, simplement une punition quotidienne pour se rappeler ce qu’il avait avant et comparer à ce qu’il avait aujourd’hui. Les extrémistes religieux se lacéraient le dos pour éprouver leur foi. Lui il lui suffisait de faire tourner cette alliance.

« Si ce que tu dis est vrai commence par prendre une douche. Les toxico ne fondent pas au contact de l’eau, crois-en mon expérience. » Il connaissait ce regard flou, il connaissait ces mains qu’il faut cacher ou serrer, ces lèvres tremblotantes. Il se croisait parfois dans le miroir dans ce même état de manque les jours où il essayait de se convaincre d’arrêter de boire avant que l’idée ne lui passe rapidement.
Il se massa les tempes pour réfléchir au problème épineux qui se posait à lui. Si la détermination l’avait poussé à séduire et coucher avec un homme juste dans le but de blesser son frère, il supposait qu’elle pouvait très bien le pousser à le coller. Demetrio ne semblait avoir aucune limite. Comme s’il n’avait pas assez à faire avec son fantôme il allait maintenant devoir affronter quotidiennement le vrai Demetrio Gartzea ? Quelle plaie. Il vida le second verre aussitôt celui-ci servit après levé en direction de son étudiant. « A tes exploits. » Cela apaisait ses démons, tempérait sa mauvaise humeur. « Et qu’est-ce que tu attends en retour ? C’est quoi le but de ta mission commando ? Mourir en martyr ? Allons Demetrio tu vaux mieux que ça. Tu n’es pas le centre du monde. Tu m’as bien baisé, c’est vrai, mais rassure-toi le mérite ça se partage. J’avais tout le libre-arbitre de te renvoyer dans les jupons de ta mère. »



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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Mar 25 Déc - 18:42

the night we met Demetrio caressa la couverture de ce livre qui était revenu à lui. Cet éclat d'étoile mourante offrit un dernier baroud d'honneur dans ses pupilles fatiguées. Il commença à se souvenir avec émotion tous ces longs dimanches tranquilles où Elio avait sa tête posée sur ses genoux dévorait les mots de Norcross. Des dimanches pour l'empêcher de céder à ses addictions. Des dimanches entier où ils ne parlaient pas. Demetrio complétement hypnotisé par cette habitude de son frère jumeau qui ne loupait aucune page qu'il humectait du bout du bout de son index qu'il avait préalablement léché. Demetrio trouvait cette habitude dégoutante, mais maintenant celle-ci lui manquait. Il souleva la couverture et passa ses doigts sur les premières pages de l'ouvrage. « Peut-être, mais je le mérite pas. » Il ferma le roman et le repoussa vers Simon.

Demetrio joua avec son verre, car il n'avait rien pour dissimuler cette profonde gêne. Il préférait largement le chaos des bars bondés et assourdissant. Le silence qui planait autour d'eux avait quelque chose d'angoissant. Il n'entendait que l'entrechoquement des verres lavés par le barman et les toussotements des trois piliers de bars qui tentaient tous de fuir ou d'oublier quelque chose. Il porta même son verre à ses lèvres, mais si le liquide ambrée avait été déjà été vidée. Il lécha le bord de son verre en quête des dernières gouttes de courage. Il ne pouvait plus qu'affronter la vérité telle qu'elle était : froide et brutale. « Je lui aussi envoyé une photo. Il m'avait pardonné toutes mes rechutes, mes addictions et bien plus encore. Mais, je l'ai jamais vu aussi en colère après cette photo. J'ai brisé quelque chose entre nous après cette nuit. » Il soupira avec émotion. Son cœur remonta dans sa gorge et il fixa son professeur. Tous ces mots, il se les répétaient chaque fois que l'alcool ou la drogue n'avaient plus d'emprise sur lui. Il les connaissait. Simon ne pouvait le torturer. Il était déjà son propre bourreau et la torture qui dégradait son corps agissait depuis des années maintenant. « Pas si hétéro que cela de mon souvenir. Mais, oui, vous avez raison. C'était...d'une banalité affligeante. Il n'y aurait pas pire comme intrigue pour un roman de gare de fond de panier. Je le sais maintenant, mais je ne peux pas revenir en arrière. Je pourrais accuser l'alcool, la drogue ou simplement le fait que vous m'avez plu vous aussi. Mais, je suis juste une personne exécrable. Je n'ai même pas trouvé cela jouissif. Je veux dire, oui, faire la photo, prendre votre téléphone.J'étais euphorique. L'adrénaline du pouvoir de faire le bien ou le mal. Puis, quand j'ai envoyé la photo, je me suis juste senti sale...C'est pour cela que je vous ai jeté dehors de chez moi juste après. Je pouvais plus vous regarder en face. »

Demetrio chassa cette vague de refus d'un mouvement de tête en arrière. Il s'amusa avec sa chaise, se lançant en arrière comme un gamin au fond des salles de classe d'enfant bien trop turbulents. Ses mains blottis entre ses cuisses pour cacher ses tremblements. Il soupira encore laissant ce silence qui le terrorisait prendre le pouvoir sur son incapacité à trouver les mots dans ce combat perdu d'avance. Simon avait su percer à jour ces plus profondes afflictions. Il était venu aujourd'hui souffrir. Il pensait ainsi apporter une certaine satisfaction à cet homme qu'il avait blessé. « Il y a rien qui pourrais vous faire plaisir ? Je sais que je n'ai pas vraiment la gueule d'un génie. Mais, il y a vraiment rien que je pourrais faire pour vous ? A part, crever, bien sur. » L'annonce de cette deuxième tournée prit de court notre étudiant. Demetrio libéra ses mains de la prison de ses cuisses avec stupéfaction. Il fut même prêt à demander à son voisin s'il avait bien entendu. Cependant, quand le barman arriva pour remplir son verre à nouveau. « Merci. » Ses yeux se perdirent dans ce liquide aux couleurs automnales comme la possibilité de gagner encore quelques secondes dans cette quête perdue d'avance. L'espoir commença à renaître dans les recoins serrés de sa gorge torturée.

Il repoussa son verre du bout de ses doigts. Les paroles de Simon lui semblèrent comme ces pluies le long des terres arides. Il n'y avait rien qui ne pouvait y pousser. L'eau n'était qu'un cache-misère. Elle n'était là que pour faire ouvrir la gueule des dernières bêtes agonisantes si proches de leurs trépas, que ce fin espoir donnait tout un sens à leurs pauvres vies. Est-ce que Demetrio était l'une de ses bêtes ? « Je n'ai jamais été bon pour ce genre de choses. Ce genre de calculs, je laisse cela aux autres. Je préfère prendre ce qui m'intéresse. On demande trop la permission d'exister dans ce monde. Même, si vous devez pas me croire. J'avais envie de vous dans ce bar. Même, si finalement, c'était pour des mauvaises intentions. » Demetrio se perdit dans ce corps qu'il n'avait plus regardé depuis cette nuit. Il avait du mal à reprendre connaissance en ce corps sous ces vêtements. Il avait pourtant des choses qu'il ne pouvait oublier. Tout n'avait pas été que mensonge. Il se laissa à s'éclaircir la voix, troublé lui-même par ces souvenirs qui mordillaient son échine. Tout cela, l'avait-il fait pour son frère ou pour lui ? N'était-ce pas autre chose qui sommeillait dans les très fonds de ce marécage ? Que pourriez nous trouver si on plongeait les deux mains dans cette boue ? Ou commence la vérité et ou s'arrête le mensonge.

« Ma douche marche plus. » commença t-il en un mensonge éhonté. Il plia ses lèvres comme un adolescent dans une phase de régression poussée. Il savait pourtant qu'il n'était pas présentable. Mais, comment dire à son professeur, que c'était sa protection ? Les couches de crasses avaient le pouvoir de repousser les gens. Il pouvait repousser les passants, les curieux et les mains plus lascives. Il aimait chasser, mais il n'aimait pas l'être. Il n'aimait pas ces tombeurs qui papillonnaient autour de lui avec ces mots qui sonnaient si faux à son oreille. Il ne voulait pas entendre qu'il était beau ou qu'il s'entait bon. Il aimait attirer le dégout, car il n'était plus que dégout pour lui.
Il leva son verre et se permit de l'approcher du verre de son voisin. S'il avait cru pouvoir trinquer son professeur, il n'aurait pu le croire. L'espoir était-elle comme cette lumière vacillante qui essayait de traverser les nuages au loin ? Ces nuages si épais ce matin que la luminosité rendait tout oppressant. « Je n'attends rien en retour. Ni médaille. Ni éloge funèbre de votre part si je pars avant vous. Je veux juste faire une seule chose bien dans ma vie. C'est trop demandé ? J'ai toujours pris les mauvaises décisions. J'ai toujours fait du mal à ceux qui m'aiment. Demandez moi une connerie et vous êtes débarrassés si cela vous embête tant que cela ? » Il profita du nectar pour décider de simplement tremper ses lèvres. Il laissa le whisky redonner de la colère à ses lèvres qui prirent une couleur d'un champ de cerise : roue passion. « Après, je trouve cela dommage pour vous, moi si un mec me proposait d'être son larbin. J'en profiterais. » Ses lèvres se mirent à ronger le bord du verre. Il tourna avec humour caustique d'alcoolique qui n'avait point peur des sous-entendus déplacés. « Et, si vous voulez lui demander qu'il vous baise bien à nouveau. Il ne faut pas hésiter. » Il pencha la tête, ses sourcils comme deux traits sombres d'un visage presque animal. Le fauve lapa son nectar d'un coup de langue et garda regard planter et dresser sur cette barbe qui lui donnait envie de céder à d'autres addictions.

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Mer 26 Déc - 13:45

Spoiler:
 
the night we met Simon suivit le petit manège du jeune homme et récupéra le roman pour mettre fin à cet échange aberrant. Il n’avait rien gardé de son roman, pas un exemplaire, pas un brouillon. De rage de ne plus tirer un seul mot à son esprit exténué il avait jeté le manuscrit original aux ordures, jugeant que c’était tout ce que méritait un récit qui le narguait du haut de son étagère. Le retour de Demetrio  ainsi que celui du roman était une double peine qu’il n’avait pas anticipé la semaine précédente, sans quoi il aurait suffisamment bu pour sombrer dans le coma et éviter ce douloureux épisode. « Tu veux bien cesser le numéro de la grande victime ? » Il avait du mal à l’accepter, mais l’étudiant était ce coup de fouet qui vivifiait son esprit. Il entendait cette douleur teinter la voix du garçon mais il n’avait jamais supporté les lamentations. Cela lui irritait les nerfs, comme un crissement désagréable. Il croisait bien assez son regard hagard dans le miroir les matins difficiles sans avoir à supporter les autres.

Il haussa mollement les épaules, il ne pouvait pas se faire une idée précise de la relation des jumeaux en quelques minutes autour de trois gorgées de whisky mais il avait bien assez observé l’espèce humaine. D’abord comme professeur, lorsque la clarté l’habitait encore et qu’il prenait plaisir à connaître chacune des têtes qui remplissaient ses cours, suivant d’un œil amusé les peines de cœur et les drames amicaux. Puis maintenant, lorsqu’il gardait une oreille tournée vers la faune des bars avant que l’alcool ne dissolve ses derniers élans de lucidité.  « S’il te pardonnait vraiment tout comme tu dis il aurait fini par te pardonner ça aussi. Personne n’est mort dans cette histoire. » Il soutint ce regard qui osait l’affronter. Paradoxalement l’alcool l’aidait à se fixer, à cesser de fuir désespérément un individu de la moitié de son âge qui n’avait d’effrayant que le souvenir. Il manqua de peu de le faire sourire.  Pas si hétéro que ça. Bon point garçon.  « Pour ton frère je l’aurais été. J’apprécie la bonté d’âme mais elle ne me fait pas fantasmer. Il aurait pu être un disciple mais rien de plus. » Il prenait conscience qu’il ne connaissait pas Demetrio. Il connaissait son anatomie, pour peu qu’il parvienne à la retrouver dans ses souvenirs embués. Il se souvenait d’un sourire, d’un éclat de rire, mais il ne s’attendait pas à ce qu’il avoue sa faiblesse de la sorte, sa honte. Il avait eu le temps de s’imaginer milles raisons à toute cette histoire et il n’avait pu s’empêcher de noircir le tableau concernant l’étudiant, pensant qu’il n’avait aucune gêne, ni avant, ni après, et qu’il était rapidement passé à autre chose. « Je te vois mal offrir le petit-déjeuner à tes histoires d’une nuit de toute façon. » Il avait été assommé par l’enchaînement des faits, il s’était laissé pousser dehors comme un chien errant dont on se débarrasse d’un coup de pied. Il avait alors divagué ne sachant plus où trouver refuge : sa femme voulait sa mort – de préférence lente et douloureuse – et il n’avait pas eu d’autre idée que de retourner se terrer dans un bar.

Simon se recula contre le dossier de la chaise en soupirant. Le plaisir était mort avec les dernière vibrations de l’orgasme que lui avait offert Demetrio. Dès lors il s’était appliqué à ne plus rien éprouver d’autre que de la lassitude et de l’amertume. Il secoua négativement la tête lentement ; ils étaient diamétralement opposés et ça le fascinait. L’étudiant réveillait en lui une curiosité qu’il pensait avoir laissé pour morte sur le charnier de ses émotions. « Ta mort ne m’apporterait aucun plaisir. Je te pensais sans peur et sans reproche ; mais de ton côté tu nourris l’espoir que je veuille ta peau. Tu vas être profondément déçu. » Peut-être l’avait-il souhaité oui, mais l’océan va et vient inlassablement, érodant le rivage et sa haine avait eu le temps d’être usée pour ne laissant que de la colère. Toujours présente mais bien insuffisante pour souhaiter une mort pénible. « Fais plutôt plaisir à ton frère, sèvre-toi au lieu de vouloir laver mon linge. Il est un peu tard pour reprendre ma vie en main mais pas la tienne. »

Ses sourcils trahirent la surprise que provoqua l’aveu d’un désir qu’il n’avait pas soupçonné, pensant que seul un esprit de vengeance l’avait poussé à le séduire.  « A ce stade je veux bien tout croire, je dois être au milieu d’un délire d’ivrogne, un de ces rêves sans queue ni tête. » Pourquoi avait-il accepté l’invitation ? Et le verre ? Il avait eu envie de caresser le succès de Demetrio, et peut-être de le revoir aussi même s’il refusait cette idée.

« A d’autres. Tu sais en quoi consiste le métier de prof la plupart du temps ? Ecouter des étudiants te mentir en faisant semblant de les croire parce que t’es pas là pour leur tenir la main toute leur vie. A toi de voir mais si tu ne fais rien je me charge moi-même de te traîner sous la douche. » Il était intimement convaincu qu’il serait plus que ravi de le pousser sous une eau volontairement glacée.  « C’est non négociable, c’est toi qui t’es proposé de répondre à mes demandes. »
Il se renfrogna un instant de ce retour piquant puis il décida de laisser courir. Il ne pouvait pas tenir la bride trop courte s’il voulait que le cheval galope fièrement à nouveau. « Non, pas une connerie. Ca serait gâcher une carte qu’on a qu’une fois dans une vie. » Parce que même s’il ne savait pas quoi en faire, c’était sans doute une chance que d’avoir quelqu’un prêt à rendre n’importe quel service pourvu que cela soulage une conscience malmenée. Malheureusement pour le professeur, Demetrio appuyait précisément là où il fallait pour éveiller l’envie d’accepter cette proposition absurde d’un larbin rien qu’à lui.

Simon se leva de sa chaise et se pencha par-dessus la table pour empoigner le manteau de l’étudiant. Il l’attira brutalement jusqu’à ce que leurs nez se frôlent. Il voulait voir vaciller cette assurance nouvelle.  « On en est donc toujours là ? Une histoire d’orgasme facile ? Tu penses que tu peux réitérer ? » Il souffla son haleine alcoolisée aux portes de ces lèvres juvéniles. « Tu es ambitieux. » Il le repoussa avec la même délicatesse avec laquelle il l’avait attiré à lui, c’est-à-dire aucune, et se rassit sur sa chaise un sourire amusé sur le bout des lèvres.  « Bien sûr, on se rejoue la scène, avec la photo, le message, je te promets que ça sera grandiose. Parce que vois-tu, quand tu divorces d’une avocate tu te retrouves à signer un tas de compromis. Y compris celui où je m’engage à ne plus avoir le moindre contact avec toi sans quoi l’enfer me paraitra bien doux en comparaison. Banco ? » Etait-ce de l’amusement qui le chatouillait de façon lointaine. Il refit signe au barman en se promettant de s’arrêter après ce verre mais il commençait seulement à trouver un intérêt à toute cette mascarade, et il n’avait rien prévu de sa journée. « Je ne suis pas persuadé qu’une relation sexuelle soit considérée comme une bonne action si tu veux mon avis. Mais c’est bientôt un mariage. Le linge, la nourriture, le sexe. Alléchant pour quiconque n’aurait pas eu sa dose de mariage. » Il trempa son doigt dans son verre à nouveau rempli et le porta à sa bouche pour le suçoter d’un air pensif.

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Jeu 27 Déc - 9:44

the night we met

Demetrio fut piqué au vif. Il récupéra donc la seule possession qu'il s'était permis de garder de son frère décédé. Il le rangea à l'intérieur de son long pardessus. Il garda sa main à l'intérieur de son manteau. Il avait la chaleur rassurante du vêtement et il avait l'espoir que le roman ai le pouvoir d’apaiser ses blessures. Ce totem sacré qui possédait peut-être encore quelques résidus de l'âme immortelle de son jumeau. L'ouvrage avait encore son parfum et les souvenirs qui imprégnaient chaque pages. Le terme : grande victime tourna dans les rouages rouillés de son esprit. C'est le mot exact qu'utilisait son frère. Ce mot avec toutes les couleurs de ce souvenir lointain. Il se redressa donc et épousseta son manteau. Il essaya de démêler ses cheveux en passant ses doigts dans cette jungle hostile. Il lâcha une moue douloureuse et abandonna cette tache clairement impossible.

Demetrio tapota du bout de ses doigts ce verre vide. Pourquoi tout revenait à cette nuit ? Pas l'acte impardonnable, ni le sentiment de dégout ou les rumeurs qui viennent coller comme une vieille sueur à une peau tendue. Il chercha le regard de Simon, car c'était l'image de leurs bouches qui venaient se percuter qui revenait à lui. Leurs peaux cuivrés et bénis par les rayons de lune remplissaient son verre à présent. Ils s'enroulaient l'un dans l'autre pour former ce tourbillon de murmures et de gémissements. Il avait l'outrecuidance de faire surgir à nouveau cette sensation divine de posséder son professeur. Le rouge teinta ses joues et ce ne fut pas la cause du whisky qui lui montait à la tête. Son professeur avait-il le souvenir qu'il s'était offert complétement à lui ? « Mon frère aurait été honoré d'être votre disciple. Il vous avait écris une longue lettre, car il aimait tout ce qui était manuscrit. Je l'ai vu une centaine de fois hésiter à la poster. Il tremblait comme une feuille. C'était...Du coup, je l'ai gardé chez moi, mais je vous l'ai pas apporté. Cela ne sert plus à rien, mais je n'arrive pas à la jeter.  » Demetrio poussa son verre vide qui tomba devant-lui. Il s'amusa à faire rouler son verre sous le plat de sa main. Il sembla amuser par l'image tout à fait parfaite que son professeur se faisait de lui. Il n'avait rien dans son frigo pour ses amants de passage. Il était encore plus démoniaque que cela et rétablir la vérité ne l'effrayait en rien.  « En général, j'aime les faire flipper. Je leurs glisse dans le manteau un prospectus du dispensaire le plus proche et leurs offre un : désolé j'ai oublié te dire, mais j'ai attrapé... Cela me faisait mourir de rire. » Il était irrécupérable et ce souvenir le fit rire à nouveau. Rire qui se transforma en toux caverneuse. Demetrio cracha ses poumons, car il se rappela de tous ces garçons horrifiés de penser qu'il les avait infectés.  

Les pieds de chaise de notre étudiant se mirent à parler. Ils grincèrent sous le parquet parfaitement cirés. Il ne pouvait regarder Simon dans les yeux. Il avait peur d'y perdre ses propres désillusions. Il avait essayer d'être sobre. Il avait essayer d'arrêter la drogue. Cette simple évocation le fit renifler bruyamment. Il passa ses doigts sur son nez, comme si son corps lui rappelait ce manque. Cette poudre de l'imaginaire qui détruisait le peu d'étincelle de vie qu'il lui restait. « C'est à vous de faire votre plaintif, c'est cela ? Pourquoi cela serait trop tard pour vous ? Tant ce que vous pensez qui est détruit, peut-être reconstruit. » Il n'allait pas faire la morale à Simon. Il était le dernier qui avait ce droit. Il n'était pas ici pour cela, sauf si son professeur lui criait à l'aide pour le sortir de ces dépendances. Il ne ressentait pas cet appel. Il était même très loin de comprendre ce que l'ancien écrivain pouvait attendre de la vie. Sinon, il ne serait pas là à offrir son aide comme un pauvre gitan sur le bord d'une route.

Demetrio profita de ce deuxième verre. Il apaisa celui-ci pour faire tourner le liquide d'automne dans un sens puis dans l'autre. Il était étrange de ressasser ces douceurs. Son professeur doutait-il de ses talents d'attractions ? Doutait-il de ce désir qui attisait sous cette attitude décomplexée ? « Vous vous rappelez de cette nuit au moins ? Ou l'alcool vous a protégé de l'horreur de mes désirs de dépravés ? » Ils n'avaient jamais pu échanger sur ce moment passé depuis longtemps. Peut-être cela serait la seule occasion ? Demetrio préférait sauter sur l'occasion plutôt que la voir se défiler à lui. Est-ce que Simon oserait lui répondre ? Laisserait-il son égo masculin s'effacer un instant ?

Il leva les yeux au plafond et décida de se lever. Il marcha jusqu'au comptoir et demanda un verre d'eau. Il marcha ensuite d'un pas décidé jusqu'à Simon. Il s'arrêta devant lui. Il leva sa main. Il emprisonna le regard de son professeur et se versa entièrement le verre au-dessus de la tête. Il crachota l'eau qui s'était infiltrée entre ses lèvres. Il s'ébroua et reprit sa place l'air de rien avec son plus grand sourire. « Satisfait ? Plus que deux vœux. » lança t-il avec un petit sourire narquois. « Si vous voulez que j'utilise du savon. Il me faut passer par chez moi et je vous lâche plus. Donc, il va falloir attendre, mais vous avez pu voir que je ne suis pas allergique à l'eau. » Il était prêt à prendre cette douche. Il réalisait que l'odeur ou même son apparence pouvait être incommodante. Il avait oublié qu'il aimait séduire. Il aurait aimé retrouver cette force pour tenter l'impossible comme attirer le désir sur sa personne.

Son souffle s'arrêta et il ne respira plus. Il laissa les souffles alcoolisés de Simon remplir ses poumons. Il ne put cacher son désir. Il approcha même une main au plus proche de cette barbe, mais n'osa l'effleurer. Son regard fatigué d'alcoolique s'alluma de cette flamme longtemps perdu. Plus l'alcool, plus la drogue n'avait d'importance. Son addiction était les lèvres du quarantenaire qu'il fixa avec intensité. «  Au moins, il n'y a plus de cachoterie. Tu sais ce que tu achètes.  » Demetrio respira à nouveau une fois relâché et repoussé sur sa chaise. Il remit en place son col et ramassa ses espoirs tombaient sous cette table. Il s'épongea le front avec sa manche et repoussa sa jungle humide en arrière avec ses deux mains. L'eau se cristallisa aux bords de ses lèvres et il lâcha un rire niveau face à toute cette ironie qui alla remplir leurs verres jusqu'à les faire déborder. « C'est tout de suite moins vendeur. Je préfère la douche froide finalement.  » Il n'avait jamais vouloir réfléchir à ce qu'il fait. Il était obligé de ramasser les éclats de l'obus qu'il avait lui même lancé. Il ne pouvait que regarder la destruction et le chaos qu'avait engendré ses actions. Il préféra terminer son verre pour entamer cette troisième tournée. « Elle est pour moi celle-là. On trinque donc à l'enfer ? » Comme un enfant, il singea son professeur et trempa son doigt dans son verre.  « Vous étiez heureux au moins avant mon coup d'éclat ? Vous faisiez encore l'amour ? »  Il couvrit ses lèvres avec lenteur, prenant le temps de remplir les sillons et les crevasses. « Car, de ce que je me souviens de notre nuit, il y a clairement des choses qu'elle ne pouvait vous offrir. » Il plongea à nouveau son doigt dans son verre et le ressortit pour terminer dans un mouvement de va et vient lubrique.

 
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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Jeu 27 Déc - 14:35

the night we met Simon s’amusa de le voir récupérer le livre. Tout n’était peut-être pas perdu dans le fond. Il s’était trouvé un nouveau jeu et cela le sortait de cette torpeur dans laquelle il s’était laissé aller depuis trop longtemps. C’était bien plus agréable que des excuses.
« Toi aussi tu aurais fait un bon disciple si tu étais moins destructeur. Mais tu es impossible à contrôler. » Il était fasciné de voir à quel point Demetrio vivait dans l’ombre d’un frère qui n’était plus là, ne se laissant aucune chance d’être autre chose que l’incarnation du mauvais diable qui a laissé passer sa chance de rédemption.
Il devait reconnaître que l’audace du garçon était amusante, pour ne pas dire décapante. Il lui avait épargné le couplet du sida en le poussant hors de chez lui et cela leur avait fait économiser de la salive car Simon n’aurait sans doute pas réagi, trop occupé à admirer sa propre descente aux enfers comme un spectateur pour se soucier de sa santé . « Tu fais ça dans quel but ? » Contrairement à toutes les attaques il s’agissait d’une simple curiosité. Etait-ce juste une façon de se protéger et de s’assurer que ses conquêtes ne reviendraient jamais vers lui ou bien un jeu pour se distraire ?

Le retour de question était mérité mais cela le fit reculer comme s’il avait mordu la ligne à ne pas dépasser. Avait-il seulement la volonté de reconstruire quoi que ce soit ? Il n’avait jamais songé à mourir, cela ne lui paraissait pas invivable, simplement sans aucun intérêt. Les jours n’avaient pas de distinguo, il ne savait plus ce qui le poussait à tomber de son canapé lorsqu’il s’y réveillait. Le suicide n’était pas une option et pourtant il ne faisait rien pour vivre, occupé à zoner dans un entre-deux. « Je t’en prie, dis-moi ce que tu reconstruirais à ma place – en excluant le mariage, je ne m’abaisserai pas à ça. » Elle lui manquait parfois, mais plus parce qu’il n’aimait pas l’immensité de la solitude toutefois ce n’était pas suffisamment fort pour le faire ramper et pleurnicher auprès d’une femme sans doute plus heureuse avec un type aux ambitions égales aux siennes.

Simon laissa à la question le temps de décanter, prenant de longues secondes pour scruter le jeune homme qui lui faisait face. Il ne comprenait pas ce qui l’animait. Ce qui l’avait poussé à toute cette mascarade. Il avait du mal à croire que tout s’expliquait réellement par le destin tragique du frère jumeau. Une partie de lui ne pouvait nier qu’il s’attendait à tout instant à prendre un retour de bâton. Cela faisait des mois qu’il ne cherchait plus à démêler le vrai du faux des paroles des autres si bien qu’il était incapable de définir si tout était sincère ou non. Il aurait aimé que l’alcool protège, mais plus il buvait plus il se retrouvait envahi par des bribes de souvenirs, tous liés à cette nuit. « En deux ans j’ai eu tout le temps de retrouver toutes les pièces du puzzle, du premier coup d’œil au dernier tressaillement. » Il aurait voulu brimer cette honnêteté pour ne pas offrir une telle prise à son voisin mais il se sentait protégé par l’amertume qui l’habitait depuis. Même si son corps venait à supplier pour revenir à cet état de transe uniquement induit par Demetrio et non l’alcool, il pouvait compter sur son esprit encore à vif pour reculer au moindre contact. Pourtant la nuit il se souvenait de ses pupilles dilatées par le plaisir, de son souffle court, de cette brume de transpiration qui recouvrait sa peau et la rendait moite. « Pourquoi, tu comptes en faire un best-seller et tu as besoin de mon accord sur mon degré d’abandon et combien de fois j’ai gémi ? » Il aurait pu et aurais dû éprouver de la honte mais si une foule de sentiments l’avait traversé celui-ci n’était jamais apparu. Il avait eu l’impression, pour une soirée, de retrouver du mordant, de se sentir vivant et capable, comme un adolescent qui prend sa première dose d’ecstasy. L’origine du plaisir n’avait que peu d’importance pourvu que cela le fasse vibrer. Et Demetrio avait été bien au-delà de la pâle vibration. « Mais je te soupçonne te trouver ton plaisir plus dans la redescente brutale que tu imposes que dans le sexe. Ca serait juste beau sinon. »

Ses sourcils se froncèrent sous l’incompréhension. Il avait perdu l’habitude de jouer, de s’amuser, de rire, et tout ce qui s’en approchait le dépassait. Il grogna en recevant des gouttelettes d’eau fraîche. « Mais qu’est ce qui ne tourne pas rond chez toi. » Il s’essuya le visage avec mauvaise humeur mais cette dernière ne résista pas à ce large sourire inattendu qu’offrait Demetrio. « Avec du savon. Sans tes vêtements. Un vrai douche nom d’un chien, mais évidemment que ça attendra. Alors c’est quoi l’histoire ? Je suis censé te tenir la main et dormir sur ton canapé pour que tu prennes ta douche ? Ou l’inverse, te ramener chez moi, pour que tu daignes prendre ta douche sans que je puisse me débarrasser de toi ? Ca tombe bien j’ai toujours voulu avoir un animal de compagnie. » Il avait eu peur l’espace d’un instant que le verre d’eau ne soit pour lui, et qu’il soit à boire ou dans la figure ça ne lui aurait pas plu. Mais il commençait à croire qu’il pouvait baisser la garde pour le moment, que Demetrio n’avait aucune arrière-pensée.

Simon se délecta de ces quelques secondes suspendues pendant lesquelles le jeune homme ne prit pas la peine de jouer un rôle indifférent. Cela réveillait ce désir était né dans ce bar et avait fait voler en éclat son quotidien tranquille. « C’est dommage j’aime bien les surprises. » Le cynisme était devenu un mode d’expression comme un autre, une façon ne plus prendre le risque de se mettre à nu. Il accepta de trinquer malgré tout. « L’enfer on y est déjà tous les deux vu nos états respectifs mais ça me va. »
Il aurait pu éluder la question, remonter les babines pour montrer les crocs prêts à lacérer l’effronté, mais il n’avait jamais chéri la discrétion de l’intimité. Sa vie privée avait été méticuleusement disséquée par le cabinet d’avocats où travaillait son épouse, et il la pensait bien assez folle pour ne rien omettre pas même leur vie sexuelle. Et si cela pouvait satisfaire la curiosité d’un avocat cela pouvait aussi faire l’affaire pour un étudiant. « Ca nous arrivait encore mais cela relevait plus de la tâche à cocher sur la liste, quelque part entre racheter du lait et payer l‘électricité. » La passion s’était éventée et ni l’un ni l’autre n’avait su fournir un effort suffisant pour la faire renaître. Il ne pouvait pas lui jeter la pierre, ça n’avait jamais été une femme frigide, simplement affairée. Elle avait d’autres choses à penser. S’il insistait il obtenait gain de cause mais elle avait cette indélicatesse prompte à briser toute libido lorsqu’elle ajoutait fais vite, j’ai à faire , comme s’il s’agissait d’un service qu’elle rendait. Avec du recul il était pourtant persuadé qu’elle savait très bien s’agenouiller et supplier son associé pour qu’il la chevauche.

Il ne put détacher son regard de ce doigt qui allait et venait entre les lèvres humides de whisky de l’étudiant. C’était déplacé mais cela captait toute son attention. Parce que Demetrio était comme ça. Du haut de ses vingt-et-un printemps il maitrisait l’exercice à la perfection. C’était cette même désinvolture qui avait arrêté le regard de Simon. Lorsqu’il parvint à se soustraire de cette aura malsaine son regard remonta jusqu’à rencontrer celui de l’étudiant. Il ne pouvait pas lui dire qu’il avait cherché par la suite à ressentir ce même frisson à l’assaut de son échine, ce même abandon grisant, sans jamais y parvenir. Il avait refusé le moindre contact masculin, hanté par la présence chimérique de Demetrio, et les femmes ne lui avaient jamais apporté une jouissance similaire, peu importait le cœur qu’elles y mettaient. « Peut-être que tu as raison mais aussi puissant soit un orgasme il ne mérite pas qu’on tente une nouvelle fois d’y laisser sa vie. Je t’accorde qu’il ne reste plus grand-chose à briser mais s’il y a un seul point où je pense pouvoir te faire confiance c’est de trouver une faille et de l’exploiter pour un dessein égoïste. » Il avait senti ce vacillement, cette opportunité, il aurait pu reprendre depuis le début en étant cette fois celui qui fait des appels du pied pour obtenir une relation sexuelle brève mais intense. Mais il refusait le prix de la honte qu’il éprouverait à simplement l’utiliser comme un esclave, le dégoût qui coulerait dans ses veines, et pire encore le potentiel dévastateur du jeune homme qui était bien capable de mordre la main qui le flattait. « Tu pensais que tu aurais un tel impact ? Ce n’est pas tous les jours qu’un étudiant peut se vanter d’être inoubliable pour son professeur. » Il ôta son alliance obsolète et la fit rouler vers le jeune drogué avec provocation. Il prenait goût à l’ironie de la situation.
Sobre il pouvait être des plus infectes, ne supportant pas la sensation de manque mais maintenant qu’il sirotait le troisième verre il retrouvait sa patience.


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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Ven 28 Déc - 8:17

the night we met

Demetrio laissa un instant la lumière pénétrer dans les sous-sols de ses souffrances et remords. Il caressa ces traces imaginaires du bout de sa pensée. Est-ce que l'espoir était à sa portée ? Il esquissa un sourire bien réel, même s'il le dissimula en baissant la tête. L'alcool avait-il déjà trop agité son sang ? L'ivresse était la cause de cet élan de cœur aux seuls paroles de Simon. « Impossible ? C'est un compliment pour moi. Je trouve les personnes dociles plus qu'ennuyant. La vie ne l'est-elle déjà pas assez ? » Demetrio releva la tête et la pencha sur le côté pour montrer ce sourire qui mit sur le devant de la scène ses zygomatiques. « Si j'étais devenu votre disciple, que m'auriez vous appris ? » Il plongea son regard au fond de son verre et jeta ses pupilles pour occuper l'espace multiplier à l'infini.
Le jeune écrivain ne pouvait se défendre sur son caractère autodestructeur. Il connaissait assez les différentes étapes de sevrage pour savoir reconnaitre son alcoolisme et son addiction aux drogues lourdes. Il savait aussi reconnaitre ses plus noirs dessins. Il n'avait pas besoin de rentrer dans une grande introspection. S'il avait bien une qualité qu'il restait au garçon c'était cette complète transparence à son égard. « J'aime pas les mecs qui me rappellent. Je préfère qu'ils me fuient plutôt qu'ils s'attachent. » Il glissa entre deux mots cette peur de l'attachement. Demetrio n'avait jamais eu une relation stable en vingt-une années. Il en était fier et dans son regard il brûla ce feu des plaisirs de la vie de célibataire. Peut-être que l'homme divorcé qui avait vu son mariage volé en éclat pour le comprendre ?

Il s'empressa de répondre par ces mots choisis de littéraire. Il aimait l'emphase et les longs monologues. « Pensez-vous que j'ai la sagesse de vous répondre ? Je n'ai rien construit en vingt-une années. Il serait ironique que je vous fasse la leçon. Je n'ai pas vos talents de professeur. Mais, s'il y a bien quelque chose que nous attentions mon frère et moi, c'est que vous repreniez votre plume pour abandonner vos copies d'étudiants ennuyants. Il serait beau de vous voir reconstruire votre aura d'écrivain. Vous voir à nouveau dans les devantures des librairies. Inspirer les nouveaux écrivains et faire taire les critiques qui vous ont enterrés. » L'inspiration était une maitresse infidèle. L'écriture pour Gartzea se nourrissait de ces addictions. Elle aimait le trouver au plus profond de cet état second où la drogue ou l'alcool avait fait de lui leurs esclaves. L'écriture n'était que destruction pour le jeune auteur.

Demetrio passa sa main sous son menton et caressa cette peau de jeune éphèbe en manque de pilosité. Il aurait aimé avoir une barbe comme son professeur, y perdre ses doigts et ses pensées éphémères comme des bulles de savons. Il n'aurait jamais pu vendre cette nuit. La photo n'avait été qu'un moment volé. Il avait derrière elle les tressautements de son bassin venant mourir contre celui de Simon. Il avait les gémissements transvasés de lèvres à lèvres. Les peaux en éruption qui venaient s'encastrer comme deux plaques tectoniques. Sa bouche désirant mordre et embrasser en même temps ces fesses qui n'avaient rien de vieux ou de dépassés. « Je préfère garder à présent nos aventures pour moi seul. Cela tient bien chaud dans mon grand lit quand je peine à dormir. »

Le jeune écrivain s'ébroua à nouveau et répondit par un : « Waouf. » sonore. L'alcool lui tenait la main à présent. Tout semblait plus festif, plus éloigné de ses obscures pensées. Il avait ce sentiment chaleureux qui rendait ses muscles moins douloureux. Il ressentait cette jeunesse qui était sienne qui revenait à lui. Cette insouciance banale, mais qu'il était si bon de faire vibrer à nouveau. « C'est toujours bon d'avoir de la compagnie. Et, au moins, je ne vous ferrais jamais pipi sur un de vos tapis ou je ne mordillerais pas une de vos vieilles chaussures. » Il émergea ses lèvres dans les fonds de ce deuxième verre bientôt vide. Il est important d'hydrater ces pensées de plus en plus confus. « Sauf, si ce que vous aimez ? Sinon, j'ai mon appartement juste à côté si vous vous en souvenez ? Vous m'accompagnez. Je prends cette douche et je vous paye un brunch pour tenter d'éponger un peu tout ça ? » Il ne souhaitait pas tirer particulièrement vers la sobriété. Simplement, remplir son estomac par d'autres matières plus solides, pour mieux boire derrière. Il connaissait son organisme et il pouvait plonger dans son alcoolisme avec le ventre bien tendu.

« Passez cette matinée avec moi et vous pourriez être surpris. » se vanta notre jeune écrivain. Il abandonna son verre et effleura une minuscule parcelle de l'épiderme de la main de son voisin. L'air de rien, comme une erreur de destination, comme un loupé. Il trinqua avec enthousiasme. Il frappa trop fort le verre de son professeur et leurs liquides respectifs se jetèrent dans le verre de l'autre. Il but une gorgée et posa son verre pour se lécher les doigts. Il aurait été dommage d'en perdre une seule goute de ce breuvage d'hilarité.
Il écouta les déboires de son professeur et ne put que soupirer devant cette réalité qui lui avait toujours fait fuir les relations à deux. « C'est triste quand ce n'est plus qu'une tache à cocher sur le calendrier du réfrigérateur. Je préfère largement les premiers éclats perdus dans des pupilles qui se cherchent. L'envie qui né dans les lèvres qui se mouillent par l'envie. » Il mouilla ses lèvres avec application. Il n'était jamais trop tôt pour allumer la flamme. Il n'y avait jamais assez de verres pour tenter le diable.

Il laissa l'alliance rouler jusqu'à lui. Il la stoppa avant qu'elle ne tombe au sol. Il la rattrapa in-extrémiste et la garda un instant dans le creux de sa paume. Il l'enfila ensuite et s'amusa à faire rouler cette prison de métal autour de son doigt. La bague était bien trop grande pour lui. Il pouvait la faire rouler à son bon vouloir et chercher à capter les éclats dorés qui s'en échappaient. Il ouvrit la bouche pour les dévorer et ainsi répondre avec cette franchise alcoolisée. « Qui vous dit que vous n'êtes pas inoubliable aussi pour cet étudiant paumé et aux ailes déchus ? Que même s'il a du mal à se l'avouer, vous l'obséder d'une certaine manière. Qu'il fixe votre barbe et arrive à sentir ce frison d'excitation qui stimule son bassin sous cette table ? » Il baissa les yeux avec malice, le bois jouant le maitre de cérémonie pour dissimuler ces non-dits. Tout n'était-il pas mensonge ? Ou commençait la vérité. Il garda cette alliance, trop heureux de s'amuser avec ce nouveau jouet. Ce troisième verre avait le plaisir de lui rendre le sourire. Il se sentait grisé et libre de tout. La descente serait obscure et dégoutante, mais pour l'instant il était loin de penser à tout cela.

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Ven 28 Déc - 16:35

the night we met « L’humilité ? » Qu’il était facile d’ironiser sur le tempérament de cet étudiant. De toute évidence Demetrio n’avait pas besoin d’un professeur pour apprendre à écrire et se faire publier. Cela fit tressaillir la commissure des lèvres de Simon qui réprima à temps son sourire narquois. Il ne savait pas où les mènerait cet échange plus qu’étrange mais s’il y avait une chose dont il était sûr c’était qu’il préférait conserver une distance de sécurité. Il avait toujours préféré les étudiants capricieux, ceux encore aux prises avec les reliquats de l’impétuosité de l’adolescence. Il aimait qu’ils aient du chien plutôt que cette soumission lénifiée qui n’apportait aucun échange intéressant, comme s’ils étaient des oisillons qui attendaient sottement d’être nourris.
« Pourtant tu es amateur d’addictions, et c’est aussi prenant qu’une nouvelle drogue que d’être dépendant d’une personne. » Il ne lui jetterait pas la pierre, le professeur était devenu le premier à défendre les bienfaits de la solitude. C’était devenu un de ses chevaux de bataille, refusant le moindre attachement d’aucune sorte pour repousser aussi loin qu’il pouvait tous types de sentiments. Une fois dénuée de toute part sentimentale sa vie pouvait retrouver son aspect plat comme ce qu’il avait connu dans son mariage. Cette mort cérébrale si rassurante et dépouillée de toute surprise bonne ou mauvaise. Il se demanda si quelqu’un était déjà parvenu à faire courir le jeune homme comme lui aimait faire courir ses victimes mais il remisa cette interrogation à plus tard. Il avait le temps apparemment maintenant qu’ils étaient vissés à cette table sans plus question de fuite ou d’esquive.

D’un geste agacé de la main il rabroua Demetrio. « Va cirer les pompes à quelqu’un d’autre tu veux bien. La sagesse, l’âge, quelle connerie. » Le fond du problème ce n’était ni les termes ni l’angle d’attaque en vérité, mais bien l’unique sujet encore sensible même une fois noyé dans l’alcoolisme : écrire. Ecrire une suite, trouver l’inspiration, remonter à cheval. Bannir l’alcoolisme. « J’ai écrit ce bouquin je n’étais pas beaucoup plus vieux que toi, j’étais passionné, je n’avais pas besoin de l’alcool ou de n’importe quoi d’autre pour tourner à plein régime en permanence. Je brûlais. Alors abandonne cette idée, fie toi aux critiques qui me voient un pied dans la tombe. » Il ne baissait pas facilement les bras mais son esprit passait une grande partie de ses journées et de ses nuits à baigner dans de l’alcool comme une curiosité flotterait dans du formol : cela avait tué toute vie, tout développement. Il n’était plus capable d’écrire la moindre ligne de qualité. Sobre il souffrait du manque, et ivre il perdait rapidement sa concentration et son vocabulaire ; c’était devenu un cercle sans fin. « J’en suis réduis à aller voir le succès de mes étudiants de mes propres yeux. » Il écarta les bras comme pour témoigner de l’aberration de la situation mais il s’était fait une raison pour ce qui était de son talent. « Au moins ton frère n’a rien raté. »

La réponse le surprit. Il ne pouvait prêter aucune confiance à chaque mot qui franchissait les lèvres auxquelles il avait succombé mais pour autant une part de sa curiosité se réveillait en entendant ces tournures. Est-ce qu’il devait comprendre qu’il n’était pas le seul à repasser des épisodes de cette nuit ? Il n’avait jamais envisagé la possibilité que ça ait pu laisser ne serait-ce qu’un seul souvenir à un jeune homme dont la vie sexuelle semblait plus que remplie. « Remplis mieux ton lit si tu en es réduit à revenir sur des souvenirs. » Il ne pouvait pas s’empêcher de penser à ce lit qui ne lui appartenait pas mais dans lequel il avait laissé une partie de lui. Est-ce que seulement quelqu’un y avait déjà dormi en dehors de Demetrio ou son frère ? Etait-ce possible d’y trouver le sommeil sans se laisser simplement hanter par les souvenirs d’un plaisir interdit ?
Il resta impassible, simple spectateur de la renaissance de celui qui avait su le séduire : plus jovial, festif, jeune, déterminée. Comme s’il réintégrait enfin son corps après avoir laissé son ombre se promener en quelques voyages astraux. « Vendu pour le package douche-brunch. » Simon aurait dû refuser, décliner avec ou sans politesse mais sa langue gagnait en répartie alors que le fil de ses pensées se faisaient plus lent dans son tricot. Mais il n’était pas homme à revenir sur ses choix, même si sa faiblesse conscience lui hurlait de ne pas réitérer deux fois les mêmes erreurs. Il savait que s’il continuait de boire en présence de Demetrio il adviendrait un moment où il ne serait plus en mesure de lui refuser sa confiance, faute de sobriété.

« Je ne sais pas qui surprendra l’autre. » Etait-ce un défi ? Une invitation ? Un pari ? Il perdait doucement pied et voulait jouer dans cette pièce de théâtre absurde que lui proposait le garçon qui lui faisait face. Et si jamais rien de bon n’en sortait ? Il retournerait à sa vie fade, quelles que soient les menaces de son ex-femme on pouvait difficilement la rendre moins affable. Malgré tout il enleva sa main, refusant ce contact toxique qui était capable de réveiller d’autres démons. Les liquides qui se mélangèrent comme deux vagues de courants contraires qui viennent se lécher le fascinèrent au moins tout autant que la capacité qu’avait le jeu homme à faire des allusions sexuelles en s’affranchissant de tous les codes de la société, comme s’il n’en avait pas eu assez la première fois. « Tu aimes plaire au moins tout autant que j’aime boire, c’est fascinant. » Il aurait été si simple de se laisser attirer par quelques mots et gestes déplacés. Il avait toujours cru qu’aucun mot n’était prononcé par hasard, que l’inconscient faisait des choix judicieux, que chaque mot possédait un poids au gramme près. A force de fréquenter des personnes il établissait un dictionnaire des mots courants, avec leur degré d’importance, leur force, leur impact. Il avait toujours été passionné par la sémantique et, lorsqu’il était encore quelqu’un avant de n’être rien, il pouvait se laisser dévorer par cette étude et analysait jusqu’à la dernière goutte d’une conversation. Il aimait les parallèles, les images, le ballet de la langue et la concordance gestuelle et linguistique de Demetrio était divine pour quiconque nourrissait cet appétit pour l’étude de la langue. Cela brassait la vase de son âme et lui rappelait pourquoi il en était là, et quel amour démesuré il avait nourri pour les mots, les laissant envahir son esprit confus.
Il vida son verre pour brûler sa cavité buccale qui réclamait stupidement de réveiller le souvenir de baisers brûlants, viscéraux.

Simon le regarda s’amuser avec son alliance comme un enfant qui s’amuse à jouer au grand. « Je connais ce jeu Demetrio. Garde tout ça pour ceux qui pourront sauter à pieds joints dans ton petit numéro du VIH. » Il refusait de mettre un pied en terrain miné, préférant en rester sur ses croyances selon lesquelles tout ça n’avait que peu de chances d’être vrai, parce que même s’il était au plus bas Demetrio savait être charmeur et l’histoire avait déjà prouvé qu’il pouvait être prêt à tout pour obtenir quelque chose qu’il convoitait. Il solda la dernière goutte de son whiskey et fouilla ses poches pour en tirer quelques billets suffisants qu’il cala sous son verre avant de se lever. « Debout vermine, c’est l’heure de ta douche hebdomadaire. »



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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Mer 2 Jan - 18:22

the night we met

Demetrio renifla et s'essuya le nez qui aspirait toutes ces saloperies. Il fixa l'argent laissés par son professeur. Il attendu de le voir tourner les talons pour récupérer les billets verts qu'il glissa sans aucun remord dans la poche de son pardessus. Il n'y avait peut-être plus rien à sauver chez notre jeune écrivain. Il ne cherchait aucune rédemption. Son œil tourmenté cherchait une autre échappatoire. Il était en manque et ses addictions demandaient leurs dus. Il salua le barman et poussa Simon hors du bar avant que son méfait ne soit découvert. Le barman avait l'habitude de ce mauvais tours et il espérait encore un jour voir la couleur de cet argent quand Demetrio deviendrait un romancier reconnu et adulé. On pouvait rêver ?
Norcross connaissait le chemin jusqu'aux appartements de Gartzea, pourtant notre gamin mena la danse. Il prit un peu d'avance pour marcher à reculons juste aux côtés du quarantenaire. Il évita aux millimètres prêt les bornes d'incendies, les boites aux lettres et autres poteaux électriques.« Mais, je suis très humble, cela ne se voit pas ? » rétorqua t-il tout en se caressant le haut de l'arête du nez. Il connaissait sa rue, ses détours par cœur. C'est cela quand on revient tous les matins éméchés et drogués jusqu'à l'os.
Pourtant, Demetrio aurait pu montrer du doigt les trottoirs où il avait vomi toutes ces tripes de nombreuses fois ou les cartons sur lesquels ils s'étaient endormis, mais pour cela il avait trop honte. Il préférait pour l'instant tenter d'impressionner cet homme qu'il ramenait chez lui. « Vous pensez pas que j'ai déjà assez d’addictions comme cela ? Sinon, mes addictions je les consomme chez moi. Je ne suis pas très exhibitionniste. » Il avança son doigt et caressa du bout du doigt cette barbe sauvage qui oscillaient entre le brun et le blanc. Il récupéra presque aussitôt son appendice avant que Simon décide de lui arracher d'un coup de dent. Cette barbe l’obsédait et il voulait bien l'ajouter à sa longue liste de ses addictions. Il s'en mordit les lèvres tout en plongeant ses mains dans les poches de son manteau. Le froid mordait les chairs visibles et l'hiver était tombé comme une maîtresse infidèle.

Pourtant, c'était la saison préféré de notre écrivain. Il aimait ce froid qui resserrait sa cage thoracique. Il se pliait à cette douleur face à ces respirations alors que chaque nouvelles de ses respirations déversaient ce nuage de vapeur aromatisé aux goûts amers du whisky. « Je vous voyais pas aussi pleureuse. » le tacla t-il pour commencer pour son plus grand plaisir et surtout pour attiser un peu de ce vieux sang qui coagulait un peu trop à son gout. « Vous savez pertinemment que vous racontez de la merde j'espère ? » Il arracha une paille dans un gobelet d'un passant qui protesta un instant avant de disparaître de leurs champs de vision. Il lança la paille vers Simon et ajouta. « Tous les grands auteurs ont écris leurs romans phares à la fin de leurs vies. » Il n'avait pas besoin de faire une liste. Il faisait assez confiance dans les connaissances de son professeur pour qu'il reconnaisse cette vérité. Combien de grands auteurs sont morts dans la pauvreté et dans la disgrâce de la société. « C'est quoi l'espérance de vie ? Cent-ans de nos jours ? Vous n'êtes donc même pas encore à la moitié de la votre. Mais, si vous préférer garder vos yeux sur moi. Moi, je vais pas m'en plaindre. »

Demetrio se froissa de cette légère pique qui lui fit jeté en pâture. Il remplissait son lit comme il le souhaitait. Il arrêta donc cette mascarade et reprit une marche dans le sens de circulation. Déjà, ils venaient d'arriver. Le jeune écrivain vivait dans un squat d'artiste. Ils partageaient à plusieurs un immense duplex sur plusieurs étages. Ce colocataires connaissaient parfaitement Gartzea, peut-être trop ? Ils tombèrent sur Maxime à l'entrée qui dessinaient sur le sol avec ces craies multicolores. « Attention, le junkie ! Certains bossent ici. » Maxime c'était la jeune fille de vingt-deux ans à la coupe à la garçonne et des lunettes steampunk autour du cou. Maxime attrapa l'une de ses craies et la jeta au visage de Demetrio. Il l'attrapa au vol et joua avec elle entre ses doigts. « Pardon. Madame l'artiste impressionniste. » Maxime souffla et reprit son ouvrage sans pourtant oublier un certaine détail qu'elle cracha avec une certaine aigreur. « On attends toujours tes trois derniers loyers, le junkie. C'est bien de te défoncer et de ramener tes plans culs, mais je payerais pas pour toi cette fois. »
Demetrio offrit une révérence tout en s'offrant une sortie théâtrale. « C'est pas mon plan cul. Il vient juste me frotter sous la douche. » Il se dirigea vers les vieux escaliers en colimaçon qui menait aux appartements du jeune écrivain. Il ouvrit la marche et attendit Simon en haut des escaliers. « Hey ? S'il crève, car tu lui as donné une de tes merdes, compte pas sur moi pour nettoyer derrière ? »  

Il se colla à lui sans sa permission et posa son doigt sur sa bouche. « Maintenant, chut, je dois de l'argent à Robert et s'il m'entend, cela va faire plein d'histoire. » Il ajouta un léger : bref non verbale, mais qu'il mina avec ses mains avant d'inviter Simon à rentrer. Ils traversèrent un épais filet de rideaux lourds et anciens. Demetrio survivait uniquement dans l'obscurité. Il prit la main de Simon pour le guider le temps que ses yeux s'habituent. Son appartement était une succession de montagnes de livres et d'étagères qui montaient jusqu'au plafond. Demetrio avait bien des addictions et lire en était une. Il aimait aussi passer des heures dans les vides greniers prêt des berges pour acheter (ou acheter en double) des livres poussiéreux.  
C'est son jumeau qui lui avait placé le doigt dans l'engrenage. Peut-être pour l'aider au départ à décrocher de ses addictions plus dangereuses ? Cela marchait dans une certaine mesure : quand il lisait ou quand il flânait pour acheter de quoi occuper ses nuits. Il ne pensait ni à la drogue, à la biture ou autre de ses démons.
Il abandonna la main de Simon. Il caressa cette barbe qui l'obsédait et alla lui chuchoter à l'oreille. « Tu veux boire quelque chose ? J'ai un punch maison laissé par un pote jamaïcain ? Un verre, et c'est le pays aux merveilles. »

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Jeu 3 Jan - 13:52

the night we met

My world is such an empty place I need someone to fill the space and here I am

Le spectacle était distrayant, faisant oublier à Simon quelle erreur il était en train de commettre en acceptant de suivre le pauvre diable qui slalomait à merveille. Il connaissait le chemin, il l’avait parcouru des milliers de fois dans ses souvenirs, cherchant à comprendre ce qui l’avait poussé à prendre une décision aussi surprenante. « Tu pourrais bien troquer une addiction pour une autre, ça ne te ferait pas de mal. » Il vit d’un mauvais œil le doigt audacieux qui osa venir à la rencontre de sa pilosité hirsute et frotta l’endroit frôlé par réflexe à cette chatouille qui réveillait son sang. Il aurait pu passer l’éponge et tanguer vers la bonne humeur mais la répartie bien sentie de Demetrio fut semblable à un coup d’éperons dans les flancs. Pleureuse. Il avait été qualifié de beaucoup de choses depuis sa chute mais jamais il n’était suffisamment bas pour gagner ce titre aussi pitoyable. Il grogna en rejetant la paille, tant agacé par le projectile que par les paroles du jeune homme mais nier aurait été une insulte à son intelligence. Il attendit que l’étudiant lui tourne le dos pour reprendre la marche dans le bon sens pour claquer l’arrière de son crâne. « Traite-moi encore une fois de pleureuse et tu auras bien d’autres soucis que de t’occuper de mon espérance de vie. » Est-ce qu’il serait vraiment capable de le frapper pour lui faire mal ? La question ne trouvait aucune réponse dans les dédales de son esprit où clapotait l’alcool. « J’écrirai en page de garde à ce petit con frimeur rien que pour toi dans le prochain, t’es content ? » Plaisanter sur l’écriture revenait à tripoter une blessure douloureuse. Il haïssait ce cerveau devenu incapable. Les mots avaient toujours fait partie de sa vie. Il avait aimé les maitriser, jongler avec, les posséder et les faire ployer à ses desseins. Lorsqu’ils avaient commencé à lui échapper, il leur avait d’abord couru après, dans l’espoir que dans leur fuite ils s’arrêteraient et redeviendraient des moutons dociles qui paissaient dans le champ de sa création. Mais loin de se laisser posséder à nouveau ils avaient débarrassé définitivement le plancher. Il ne parvenait plus à les aligner pour faire des lignes qui elles-mêmes devaient former un texte. Plus une goutte d’imagination, plus d’écriture. Tout n’était que noirceur et non-sens.
Alors il avait tenté de les dompter par un autre biais, d’apprendre à les maitriser jusqu’à leur forme : la sémantique ne devait plus avoir le moindre secret pour lui. Il se devait de les disséquer faute de pouvoir les capturer vivants. A défaut de pouvoir les coucher comme des enfants obéissants, il s’était mis à les employer pour faire du mal, car c’était encore là qu’ils lui venaient le mieux : blesser avec des mots, faire saigner et enfoncer les doigts dans la blessure pour agrandir l’hémorragie au lieu de la contenir.

Simon franchit la frontière d’un monde parallèle sans y prendre garde. Il avait déjà pénétré l’appartement mais n’avait eu son attention focalisée que sur son hôte. Il observa avec curiosité l’échange entre l’artiste et son colocataire. La réplique de Demetrio lui arracha un sourire amusé, il aimait cette répartie insolente, mais il appréciait aussi de ne pas avoir à ouvrir la bouche pour défendre son statut et rejeter l’étiquette de plan-cul. « Il vivra avec mon cadavre dans le placard, si tu supportes son hygiène douteuse tu supporteras bien un macchabée. » Il jaugea le jeune homme qui l’attendait en haut des escaliers, le croyant capable de tout, y compris de mettre un moment avant de réaliser l’overdose de son invité. Mais il aimait ce risque personnifié en Gartzea.

Se laisser toucher, accepter la promiscuité, puis la pénombre et accorder suffisamment de confiance pour tolérer qu’il lui prenne la main étaient autant d’étapes qui réveillaient deux envies contradictoires : cesser de jouer la bête sauvage et tolérer ce rapprochement ou mordre et fuir. Malgré tout l’obscurité du lieu jouait en faveur du jeune drogué et Simon fut dans l’obligation de s’en remettre à son bourreau faute d’avoir la moindre visibilité. L’alcool aidant il avait le sentiment d’avoir fait un bond en arrière, de revenir à cette nuit où il s’était laissé guider de la même façon dans un appartement qu’il devinait encombré. Ce chevauchement de deux réalités lui donnait le vertige avec la peur viscérale de finir par retomber dans les mêmes travers et se laisser subjuguer par l’aura désespéré du garçon.

Ces doigts qui arpentèrent sa barbe n’étaient pas les bienvenus mais il ne fit rien dans un premier temps. Ils étaient comme le premier verre désagréable, celui qui rappelle à l’alcoolique la relation destructrice qui le lie à l’alcool, ce premier verre qui n’apporte aucun soulagement, qui appelle juste les démons jusque-là endormis. Une main qui lui rappelait combien la chair était faible, qui déterrait simplement les souvenirs d’un abandon luxuriant et pourtant ravageur. Le tutoiement le sortit de sa torpeur ; il n’avait jamais été très à cheval sur les marqueurs de respect, il n’avait que faire qu’on entame une phrase par monsieur ou qu’on termine un mail par cordialement lorsque ça le concernait.
Toutefois dans le cas présent ce fut la claque linguistique dont il avait besoin pour se souvenir qu’il refusait qu’une proximité trop marquée avec Demetrio ne le précipite à nouveau dans un désir tout aussi dévorant que le besoin de boire. Il posa sa main sur son torse et le repoussa avec brutalité pour mettre de la distance. Dans cet appartement il lui semblait impossible trouver l’écart suffisant pour survivre. Il avait mis les deux pieds en terrain glissant et ne le comprenait qu’une fois immergé dans le monde de l’étudiant. « Commence par tenir tes engagements, une douche. Après seulement tu seras en droit de nous souler. » Il ne savait pas – ou ne voulait pas savoir – ce qui le retenait ici. Il était facile de tourner les talons, reprendre la porte et disparaître dans le froid hivernal en quête d’un lieu plus serein mais il était absorbé. Absorbé comme un explorateur qui découvre une jungle nouvelle et fascinante. Il en oublia son ressentiment en laissant courir ses doigts sur le dos de livres empilés. Avait-il cédé à Demetrio parce qu’il était simplement apparu au mauvais moment de sa vie ou bien était-ce parce qu’il avait l’impression de voir une partie de sa jeunesse en lui ? « Si j’avais eu ton âge on aurait pu être de bons amis. » Qui ne se seraient pas tiré vers le haut c’était une certitude mais si Simon ne portait pas cette brisure jeune il aurait été stimulé par une présence pareille, attiré par cette lumière noire. Il parcourut une étagère jusqu’à en tirer un volume de Dostoïevski qui avait vécu la guerre. « Va te laver, et si ton Robert vient me réclamer ton fric je feindrai la surdité. »  



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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Ven 4 Jan - 10:46

the night we met

Le mot Addiction déclencha quelque chose chez notre garçon aux cheveux de champs de blés au dernier jour de printemps réprimé. Son regard se décala lentement comme dans un accident prémédité. Il perdit l'attraction du satellite à la barbe fournie qui gravitait autour de lui. Il se mit à frémir même s'il était bien couvert sous son épais manteau. Il lorgna sur un homme accoudé contre un mur dans la rue face à eux. Cet homme était grand et aux épaules larges. Il caressait sa barbe brune avec facétie comme le scélérat qu'il était. C'était son dealer, son vendeur de rêves et d'espoirs avortés. Son corps était en manque, sa bouche était du gravier et ses veines comme des aiguilles plantés dans chaque millimètre de son épiderme. Il n'avait qu'à traverser. Cela ne prendrait que quelques secondes. Ses mains dans les poches de son pardessus serrèrent les billets qu'il avait subtilisé. Il aurait juste assez pour sa dose quotidienne. Son besoin était si fort qu'il s'en mordit la lèvre inférieure jusqu'au sang. Un léger filet coula jusqu'à son menton.
Cependant, quelque chose l'arrêta, sur le moment il ne compris pas ce qui arrêta cette déchéance. Peut-être rien ou peut-être tout ? La présence de Simon et le son de sa voix le fit quitter le champ de vision de son dealer. « Et, tu me proposes quoi comme nouvelle addiction ? » demanda t-il fébrilement alors qu'il essayait de retrouver le contrôle de ce jeune corps qui lui paraissait déjà si vieux. Il sentait l’arthrose dans ses doigts quand il tapait sur son ordinateur. Il sentait l’arythmie de son cœur qui s'emballait pour un rien. Ce corps est une carcasse à l'abandon, mais une carcasse qui pouvait encore sentir la douleur.
Il se retourna suite à cette claque derrière sa tête. Il se caressa l'arrière du cuir chevelu, mais ne quitta en rien ce sourire narquois de jeune homme alcoolisé alors que l'heure du déjeuner n'avait pas encore sonné. « Quel honneur. Je deviendrais immortel. On devrait commencer des correspondances comme Verlaine et Rimbaud, non ? Par contre, si vous pouviez éviter de me tirer dessus, cela serait vivement apprécié, d'accord ? » Demetrio frissonna à nouveau comme si ses os n'étaient que du verre que le vent hivernal venaient faire vibrer.  Il aurait aimé la chaleur réconfortante de l'alcool ou de la drogue, mais il n'y avait que les yeux de Simon pour se perdre et ne jamais retrouver son chemin de retour. Il pensa un instant que cela aurait été une belle mort. Une mort violente et brutale, pour lui si couard à l'idée de souffrir.

Vois-tu le lapin blanc Alice ? Le monde dans lequel gravitait Gartzea pouvait paraître étrange. Ses colocataires étaient tous des artistes. Maxime était une artiste de rue. Ivan faisait des sculptures avec ses rognures d'ongles. Ismaël était danseur burlesque. Igor était photographe et enfin Robert était un autoentrepreneur très particulier, mais Simon allait le découvrir par lui même (alors pourquoi lui gâcher ce plaisir   )
Maxime, quand a elle, se mit à rire devant la repartie du professeur. Elle fit glisser une de ses craies entre ses doigts et la lança de toutes ses forces vers Demetrio. Le jeune écrivain se prit le projectile en pleine tête ce qui fit glousser notre artiste de rue. « On essaye de le laver une fois par mois dans la cour au jet d'eau. Si tu veux venir voir c'est marrant. C'est 10 bucks pour lui foutre un coup de jet dans la gueule et 20 dans les couilles. »  Notre souffre douleur se frotta l'arrière du crâne se demandant ce qu'ils avaient tous aujourd'hui à le frapper à cet endroit précis. Puis, il se pencha au-dessus de la rambarde et lança.  « Vous allez arrêter de me frapper et de vendre mon cul avec Robert, merci. »

Demetrio ne laissait personne toucher ses ouvrages. C'était ses enfants et chaque touché qui n'était pas le sien était vécu comme une agression. Il le laissa pourtant faire, laissant sa fièvre de côté. Il avait effleuré sa barbe, il pouvait lui laisser défloré ses enfants (elio sort de ce corps XD) Il laissa tomber son pardessus sur une de ses chaises. Il sortit le roman de Simon et le rangea dans une de ses étagères. Il avait fait une promesse et il allait s'y tenir. Il offrit un salut militaire et se dirigea vers le fond de son appartement. C'est un long couloir sombre où il ne prit pas le soin d'allumer les lumières. Il alluma simplement la dernière pièce. Cela donnait l'impression d'une lumière lointaine et diffuse, comme une lampe d'un navire dans une mère huileuse.
La salle de bain était des anciens vestiaires sportifs qui avaient été complément réaménagées. C'était une pièce d'eau aux carrelages argentés sur les murs, au sol et au plafond. On aurait pu s'y doucher à dix. Il y avait aucune porte, ni protection et ni échappatoire. Demetrio jeta ses affaires sales sur le côté. Il se retrouva nu et glissa sous un pommeau d'eau brûlante.  

Il laissa l'eau le défaire de cette crase qui coula le long de ses chevilles. Depuis, quand il n'avait pas prit une douche chaude ? Depuis, quand il n'avait pas remis ses idées en place ? Sa peau perdit son teint cuivré qui ne lui appartenait pas. Le savon glissa entre ses mains, puis sur son flanc. Une légère mousse prit forme contre son torse. Celle-ci, papillonna jusqu'à son nombril. Un cerceau de vapeur s’éleva et alla mordre ses hanches et sa nuque. Il avait cette stature d’esthète. Ce corps entre le masculin et le féminin, une alchimie parfaite autant dans ses courbes que cette pilosité mesuré et millimétré. Ses cheveux en arrière collait à sa nuque qui lui paraissait si lourde. Demetrio colla sa tête contre le mur carrelé.
Il se laissa renaître comme si l'eau béni par le très-haut avait le pouvoir de chasser tous ces péchés. Il passa ses mains dans ses cheveux et chercha du regard un instant Simon au loin. Est-ce qu'il se cachait pour le regarder ? Est-ce que ce qu'il voyait lui plaisait ? Il brisa lui-même ses propres règles en parlant plus fort, Robert pouvant débarquer maintenant à tout moment. « Vous voulez pas vérifier que le travail est bien fait ? Après tout, vous êtes venus jusqu'ici. Approchez-vous. Je me mords pas. Sauf, si vous avez peur ? »  

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MessageSujet: Re: the night we met - demetrio   Ven 4 Jan - 16:15

the night we met

Muscle to muscle and toe to toe
The fear has gripped me but here I go
My heart sinks as I jump up
Your hand grips hand as my eyes shut


Il l’avait perdu et il le sentit instantanément. Simon suivit le regard hagard de l’étudiant, cherchant ce qui pouvait capter son attention tout en lui donnant des airs d’homme au bord du précipice. Il passa une première fois sur le dealer sans le remarquer. Il avait bien des travers mais jamais il n’avait encore pris le chemin de l’addiction aux drogues dures. Etudiant il s’était laissé convaincre de quelques expériences mais l’alcool était sa plus grande et unique maîtresse. Lorsqu’il y revint une nouvelle fois il grogna comme un chien de garde qui marque sa défiance. Il bouscula Demetrio vers l’avant pour le forcer à continuer à mettre un pied devant l’autre. Il ne lui devait rien – ou du moins il ne pensait pas – et pourtant il refusait de laisser le garçon sombrer un peu plus en sa présence. « Avance poulain*coucou elio, je ne suis pas là pour jouer ta baby-sitter une fois que tu seras défoncé. » Avait-il ce même air désespéré lorsqu’il était parfaitement sobre ? Ce même regard vitreux ? Il lui flatta l’épaule pour tout soutien, incapable de s’abaisser à plus de chaleur pour le moment. Chaque contact lui rappelait à quel point Demetrio pouvait causer sa perte et le renvoyait cruellement à ce passage à vide, le creux dans la vague dans lequel il s’était retrouvé piégé.

Il haussa un sourcil, laissant transparaitre sa surprise, ne sachant pas jusqu’au allait le sous-entendu de l’étudiant mais cela piquait sa curiosité. Il prenait goût à ce sourire moqueur, toujours plus qu’à la peine qui avait pu se peindre dans le fond des prunelles de Demetrio à l’évocation de son frère. « Tu veux juste la correspondance obscène ou tu signes aussi pour le sexe dépravé, les prostituées et l’absinthe ? » Il passa son pouce sur sa lèvre inférieure, tout d’abord allécher par l’absinthe mais l’idée d’écrire des textes érotiques pour ne pas dire pornographiques l’amusait. « Je ne te tirerai pas dessus, je n’ai ni arme, ni licence, même si je dois reconnaître que ça t’offrirait le devant de la scène pour les dix prochaines années, le jeune écrivain prodige fauché en plein essor par son ancien professeur alcoolique. » Demetrio tristement célèbre à vie, et Simon enfin de retour à la une, c’était une ironie qui pouvait réveiller un soupçon de rire dans ses côtes.

Faire connaissance avec un des colocataires était surprenant mais pas désagréable. Simon siffla pour admirer le lancer mais il désapprouvait les propos de la jeune artiste. « Il n’attend que ça que quelqu’un le torture ça ne fait qu’apporter de l’eau à son moulin de victime. » S’amuser lui semblait être une activité tellement lointaine qu’il ne se souvenait plus de la dernière fois qu’il avait fait quelque chose dans l’unique but de sentir ce frémissement au fond de son estomac remonter jusque dans sa gorge pour devenir un rire sincère. Mais s’il y avait bien une chose dont il était certain c’est qu’arroser Demetrio au jet dans la cour ne lui provoquerait aucun autre effet que la pitié. Il aimait rabaisser par le sarcasme, mordre parce quelques réflexions acides mais l’humiliation publique le laissait de marbre, même si ce n’était qu’une blague sans mauvaises intentions.
« Te vendre ? Je pensais qu’à part tes nouvelles il n’y avait rien de monnayable chez toi. » La seule monnaie corporelle qu’il était capable de se représenter c’était la prostitution et l’idée le rebuta un instant. Il pouvait vendre tous ses biens et son âme, mais son corps c’en était trop pour lui. Son enveloppe charnelle n’avait rien d’un sanctuaire qu’il protégeait envers et contre tout, mais il se refusait à devoir supporter les lubies des autres contre son gré.

Son regard suivit Demetrio avant de retourner paresseusement aux livres qui foisonnaient sans qu’il ne sache où donner de la tête. Depuis le divorce et son exil loin de leur appartement confortable il s’était débarrassé de tout ce qui pouvait être trop personnel. Il avait jeté les albums, les photos, donné aux bonnes œuvres ses tenues qui pouvaient le faire passer pour un type bien et respectable, et entassé des cartons entiers de livres au coin de la rue. Le jeune homme lui offrait sans s’en douter une bouffée d’un oxygène bien plus pur que celui qu’il inspirait douloureusement tous les jours depuis des mois. Il aurait pu se noyer dans cet océan retrouvé comme un marin se précipite dans la première vague pour en retrouver avec bonheur le goût prenant du sel mais le bruit de l’eau qui ruisselait attisait sa curiosité. Même si la lumière lointaine dérangeait ses yeux maintenant habitué à l’obscurité il se laissa happer par une contemplation d’un nouveau genre.

Il n’avait aucun besoin d’être frappé de clairvoyance pour comprendre que le garçon savait pertinemment appuyer sur sa fierté mal placée pour le manipuler. Sauf si vous avez peur. C’était amplement suffisant pour le pousser à réagir. Il jeta sa veste sur celle du démon qui le narguait et le rejoignit dans la salle de bain. En temps normal il se serait sagement adossé aussi loin que possible de son problème mais en amateur d’échecs il aimait laisser croire à une longueur d’avance pour finalement reprendre temporairement la main en abattant un pion.
Il le rejoignit sous l’eau sans se soucier de ses habits qui se chargeaient d’humidité et de l’eau qui ne tarda pas à prendre ses mèches de cheveux pour de nouvelles cascades. L’air lui semblait étouffant, autant pour la vapeur qui brûlait ses bronches que pour cette proximité qu’il jugeait bien plus toxique que n’importe quelle drogue. Son regard parcourut sans aucune gêne ce corps qui n’avait plus besoin d’être déshabillé avant de revenir se perdre dans celui de son voisin. D’une main il l’attrapa à la gorge sans chercher à effectuer une pression quelconque, mais plutôt comme une sécurité, une menace ou bien les deux à la fois pour son esprit torturé. « Je ne parierai pas sur le fait que tu ne mordes pas mais dis-moi plutôt à quoi tu joues. » Parce qu’il était mué par ce besoin de comprendre depuis le début de cette journée. Il n’avait pas compris ce qui avait poussé l’étudiant à lui envoyer une invitation, et même avec quelques explications nébuleuses il ne parvenait pas à accorder du crédit à cette envie de se racheter. Il n’y avait ni haine ni amusement qui filtrait dans la noirceur de son regard. Il cherchait simplement à pénétrer la vérité, comprendre le manège que lui offrait Demetrio. « C’est quoi ton but ? »





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