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 (senny) help me make it through the night.

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♛ les hautes sphères


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❀ chained to the rhythm
MessageSujet: (senny) help me make it through the night.   Mar 18 Sep - 14:57


help me make it through the night.
seven & kenny




21h47. l'heure du crime. salon fermé, t'as été manger chez tes parents. le besoin d'passer un peu d'temps avec tes vieux. le manque aussi. parce que t'as beau jouer les rebelles des bacs à sable, tu tiens à préserver la relation fusionnelle que t'entretiens avec tes géniteurs. franchement pas fière d'leur mentir à la gueule ou d'les mener en bateau, t'as pourtant fait ton choix en rejoignant les sons of harvey. parce que mener une p'tite vie bien ranger, c'est clairement pas pour toi. et d'ailleurs, tu penses qu'tes parents l'savent mais qu'ils préfèrent l'ignorer. t'en sais trop rien, t'en parles pas, c'est plus simple. sujets légers, banalité des échanges entre parents et enfant. mais peu importe, passer un peu d'temps dans la maison d'ton enfance, ça t'a fait du bien. retour chez toi, les mains chargées de restes soigneusement préparés par ta mère. elle doit avoir peur qu'tu n'te nourrisses pas quand t'es chez toi. ou alors c'est juste l'attention particulière d'une mère. ça t'fait toujours sourire d'la voir mettre d'la nourriture dans tes plats pour qu'tu les emportes, tout en précisant qu'il faudra qu'tu penses à les lui ramener la prochaine. oui maman, comme d'habitude. t'as l'sourire aux lèvres quand tu montes chez toi, parce que c'est toujours l'même délire et qu'toi, c'est c'qui t'plaît. l'fait que ça n'change pas entre vous. sentiment d'stabilité et d'sécurité. la seule que tu réussisses vraiment à garder intacte. les yeux qu'tu relèves vers ta porte et l'contenu d'tes mains qui s'échoue lamentablement sur le sol. 21h47. l'palpitant qui tambourine, mençant d'se barrer d'ta cage thoracique. mouvement de recul, téléphone dont tu t'saisis. message envoyer au premier contact que tu trouves. quoi qu'ce soit pas vraiment un hasard qu'ça tombe sur lui. c'est l'plus près. t'aurais pu appeler dany mais au fond t'sais pas vraiment si c'est une bonne idée. toi qui vient d'découvrir qu'il joue dans l'équipe adverse, t'as bien trop peur qu'il finisse par t'dire qu'si ta porte n'tient plus d'bout, c'est parce qu'les sharks sont passés par là. tu l'supporterais pas. t'sais pas vraiment pourquoi tu restes plantée là, d'vant chez toi, sans même y entrer pour vérifier qu'tout est en ordre. ça t'étonnerait d'ailleurs. on n'défonce pas une porte juste pour s'fendre la poire, en général, y a un but à c'genre d'action. p'tre bien qu'tu flippes à l'idée d'savoir c'qui a été dérobé. putain, l'placard. crise de panique, tétanie. tu penses à ton business en priorité. putain, si ça tombe à l'eau, faudra qu'tu préviennes les autres. et si ça vient bien de requins, ça va mal finir. et au fond, p'tre bien qu'il faudra qu't'en parles à dany. mais pas tout d'suite. et, pendant c'temps là, y a l'temps qui défile et des pas qui s'rapprochent à toute vitesse. et toi, t'sais pas si ça vient d'chez toi ou d'la cage d'escaliers. putain d'merde.

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MessageSujet: Re: (senny) help me make it through the night.   Dim 30 Sep - 1:47

heures supplémentaires, celles qu’t’accumules à défaut d’avoir une vie sociale palpitante. t’manière, t’aimes bien bosser ; ça t’empêche d’trop songer.
pensées obscures.
esprit désaxé.
t’es malade, blackburn. tu l’sais, tu l’sens. ça s’voit qu’t’es pas normal, qu’t’as l’cerveau qui part en vrille. t’as le r’gard vide, l’cœur aux batt’ments irréguliers.
pas stable émotionnellement, pas solide physiquement.
l’paternel en taule, la daronne six pieds sous terre, t’as pas l’étoffe d’un gosse assez fort pour survivre en solo. p’is, pourtant, on t’l’impose.
l’patron qui t’fout dehors – encore et toujours. marre d’ta gueule, marre de t’voir massacrer ta jeunesse derrière un putain d’comptoir à compter une caisse enregistreuse. marre de t’regarder t’ronger les ongles jusqu’au sang.
l’patron qui t’a offert un toît, aussi. c’lui juste en haut du disquaire, c’lui qu’il paie pour toi, d’ailleurs. parce qu’il t’aime. comme son propre fils, sa chair. parce qu’il a vu en toi un potentiel qu’personne a r’marqué, excepté lui. parce que, seven, t’es pas qu’un putain d’chiffre à ses yeux.
l’vent d’l’extérieur qui t’arrache une grimace, signe d’la main pour saluer l’patron qui t’abandonne. escalier qu’t’empruntes, sonnerie qui r’tentit lorsqu’t’ouvres la porte d’ton appart’.
sms d’kenny. l’genre d’sms qui t’fait froncer les sourcils. putain ! doigts qui pianotent l’écran d’ton portable, c’dernier qu’tu fourres dans la poche d’ton jean alors qu’tu franchis – à nouveau – la porte d’entrée.
la s’melle d’tes baskets s’effrite contre l’bitume, trop perturbé pour plier davantage les g’noux. t’y penses pas, en fait. la tête ailleurs, ent’ deux mondes. ent’ ta pote qu’semble avoir des ennuis, p’is la blonde qu’obsède tes pensées.
y a pas d’milieu.
pas d’repos.
rien qu’des songes dévastateurs qui t’traversent l’esprit, épris ent’ deux réalités qu’après t’rendent cinglé. mais tu deal avec, seven. exactement comme tu l’as toujours fait.
l’manque d’sommeil qui prolonge tes nuits, mais rétrécit ta durée d’vie.
la vengeance qui s’transforme en raison d’vivre, mais qui t’rend malade quand ton r’gard croise le sien.
t’avales d’travers, mots qui s’coincent dans ton gosier. t’aimerais pouvoir hurler, pouvoir gueuler les maux qui t’étouffent un peu plus chaque jour, mais, au lieu d’ça, c’dans un silence suffoquant qu’tu t’enfermes.
t’as pas compris, toi.
tu comprends pas qu’c’est pire.
qu’plus tu t’tais, plus l’temps t’serre la gorge. non ! t’espère rien qu’en arrêtant d’y croire, c’souvenir amer finira par s’éclipser, s’volatiliser avec tes vieux rêves d’enfants. ceux qu’t’as fini par oublier, ceux qu’ont plus d’importance maint’nant qu’t’as souillé une âme.
maint’nant qu’t’as enlevé une vie.
celle d’ta propre mère.
goût amer sur ta langue, les traits qui s’déforment lorsqu’t’arrives d’vant chez kenny. t’presses le pas, escaliers qu’tu grimpes à coup d’deux. l’visage qui s’décompose.
kenny…
bras qui s’ouvrent machinalement pour accueillir sa frêle carcasse, celle qu’t’emprisonnes contre ton pitoyable squelette. le r’gard toujours rivé sur sa porte défoncée, t’as perdu l’usage d’la parole, soudain’ment muet comme une tombe.
s’il lui était arrivé que’que chose…
s’il lui était arrivé du mal…
p’tain, kenny… qu’est-ce qui s’est passé ?
ça s’voit, c’flagrant.
la question s’pose même pas !
t’vas bien ? t’sais qui a fait ça ?
tu d’vras bien entrer pour voir si tout est en ordre, si kenny n’risque rien. tu d’vras forcément analyser les lieux, toi, l’homme d’la situation. alors tu t’informes, seven. pas envie de t’frotter à un fou furieux, pas envie d’revivre la scène horrible qui t’hante tous les jours d’ta putain d’existence.
p’is pourtant, tu l’ref’rais.
t’appuierais encore sur c’te foutue détente.
pour kenny, pour la protéger. comme tu l’as fait avec ton père.
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MessageSujet: Re: (senny) help me make it through the night.   Dim 30 Sep - 12:53


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dans l'doute, tu n'bouges pas. et puis, d'toute façon, t'en es pas capable. poupée figée, les restes du r'pas chez tes parents gisant sur l'sol. dommage, c'était bon, ça t'aurait fait une superbe douceur pour un d'ces soirs ou l'une d'ces nuits où t'as la dalle à cause d'la fumette. tant pis, faudra qu'tu t'contentes d'chips et d'sandwichs fait à l'arrache. ta spécialité. et pendant qu'tu t'morfonds sur le décès d'ta bouffe, tu n'penses plus à c'que tu pourrais avoir perdu dans ton loft. l'placard qui prend trop d'place et plein d'pieds d'weed, beaucoup trop pour qu'ce soit légal. c'lui-là, t'sais même pas s'il t'reste quelque chose dedans. et si y a plus rien, t'es dans la merde. y a l'temps qui défile et du bruit qui vient jusque tes tympans mais t'es pas capable d'discerner sa provenance. si ça s'trouve, y a encore quelqu'un chez toi. remarque, si c'était l'cas, avec l'vacarme d'tes plats éparpillés sur l'sol, t'aurais eu l'temps d'voir venir. c'quand y a la silhouette d'seven qui s'dessine devant tes prunelles qu't'as l'impression d'pouvoir respirer d'nouveau. kenny … sa voix comme un souffle salvateur. ta cage thoracique qui s'lève alors qu'tu prends une grande inspiration. l'corps qui s'laisse aller dans son étreinte sans pour autant bouger. pas la force d'lever ne s'rait-ce qu'un peu les bras, rien qu'pour emprisonner sa taille, histoire d'montrer qu't'es soulagée d'savoir qu'c'est lui. mais même ça, t'en es pas capable. le r'gard toujours rivé sur la porte qu'en est plus vraiment une. perte d'parole évidente. p’tain, kenny … qu’est-ce qui s’est passé ? tu l'entends d'loin, comme s'il était à des bornes d'toi. la question aussi banale qu'bancale. c'était pas la peine d'la poser et pourtant, ça fait parti du système humain. d'balancer des réponses connes quand on s'retrouve face à l'évidence. impasse. je ... mais même ça, t'arrives pas. finir une phrase, ni même vraiment la commencer. faut qu'tu sortes d'ta léthargie, ce s'rait bien. au moins essayer, ça pourrait aider. t’vas bien ? t’sais qui a fait ça ? sortie d'l'ombre, carcasse tirée hors d'l'eau. tu r'viens douc'ment à toi. il le faut d'toute façon, t'vas pas rester plantée là pendant des plombes, ça chang'ra rien. j'sais pas, j'en sais rien ... je ... désemparée. poupée qu'avait l'assurance et la bonne étoile d'son côté. y a tout l'monde qu'a foutu l'camp. en même temps. l'soupir trop lourd, l'karma qui t'fout un grand coup d'pied dans la face. ça t'apprendra à t'croire sur un p'tit nuage alors qu't'es qu'un insecte comme les autres. j'viens d'rentrer et je ... merde, faudra qu'j'rachète des plats à ma mère. tes prunelles qui s'baissent sur l'carnage culinaire. et les larmes qui s'bousculent au bord d'tes paupières. putain, et maintenant quoi ? t'vas chialer pour des plats cuisinés alors qu'ta porte est défoncée. nice. trouve autre chose, ça l'fait pas là. je ... hm ... pardon ... c'est ... je ... merde. les sourcils froncés. putain, fais un phrase, genre comme d'habitude. t'es capable d'aligner des milliers d'mots les uns après les autres, pourquoi ça veut pas, là ? tes deux mains qu'tu passes nerveus'ment dans tes ch'veux. j'ai pas été voir d'dans. j'suis restée plantée là. et j'sais même pas pourquoi j't'ai d'mander d'venir en fait. décousue, bancale. ouais, voilà. encore plus à l'ouest qu'd'ordinaire. t'es pas rendue à ce stade-là. et lui, t'vas l'embrouiller en plus. bra-vo.

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MessageSujet: Re: (senny) help me make it through the night.   Mar 23 Oct - 21:17

ses bras qui s’accrochent faiblement à ta taille alors qu’vos r’gards sont braqués sur la porte d’son appart’, carrément défoncé. et tu r’ssens la peur d’kenny dans sa voix, quand elle bafouille suite à ton p’tit interrogatoire. même toi, t’as l’sang qui s’fige, souv’nirs qui r’font surface, ceux qu’tu tentes, en vain, d’balayer d’ton esprit.
t’as pas assez dormi, seven, encore une énième nuit blanche qu’t’ajoutes à la liste interminable des heures qu’tu passes éveillé.
à penser.
trop penser.
à planifier une vengeance qu’est en train d’te glisser ent’ les doigts. à r’voir la scène, la balle argenté qui traverse la défroque d’la daronne. aux flics qui menottent ton père, à ton reflet qu’t’affrontes tous les jours dans l’putain d’miroir.
t’as peur, toi aussi, blackburn.
t’as peur de t’retrouver face à une situation similaire, celle qu’t’arriveras pas à gérer. encore une fois. l’manque de sommeil qui t’rend fou, l’manque d’amour parental qui t’empêche d’fermer l’œil.
cercle vicieux.
la roue qui tourne.
tourne et tourne encore.
qui s’arrête pas… comme les mots qui déferlent d’ent’ tes lèvres. un océan d’sonorités qui n’veulent rien dire, au final. incapable d’entendre ta propre voix qui s’extirpe d’ta carcasse.
comme un rêve.
un cauch’mar.
une réalité qu’t’embrasses bien trop souvent.
j'sais pas, j'en sais rien ... je ...
évidemment qu’elle l’sait pas.
étreinte machinale dont elle s’défait, toi qui demeure immobile, presque paralysé alors qu’c’est même pas d’ta piaule qu’il s’agit.
j'viens d'rentrer et je ... merde, faudra qu'j'rachète des plats à ma mère.
ton r’gard qui suit celui d’kenny, toi qu’avait même pas r’marqué où tu mettais les pieds jusqu’à maint’nant. trop occupé à tenter d’chasser tes propres démons avant d’affronter ceux d’ton amie. parce qu’t’arriveras à rien avec un cadavre à la place d’un corps fonctionnel, ton cerveau qui répond plus aux commandes qu’tu lui ordonnes.
t’inquiètes pas… j’m’occupe de ça !
ta voix, pourtant, elle s’veut confiante, courageuse, rassurante. la vérité c’est qu’t’as l’impression d’tenir un gun chargé dans ta main, prêt à tirer sur la première ombre qui surgira d’la pénombre d’son appart’.
p’is, ça, ça t’terrifie.
de t’dire qu’tu s’rais capable d’recommencer… s’il le fallait.
je ... hm ... pardon ... c'est ... je ... merde.
opales qu’accrochent les mouv’ments nerveux d’kenny, elle qui s’extirpe lent’ment d’sa léthargie alors que, toi, tu nages encore dans l’imaginaire d’cette sombre fantaisie. et tu t’dis qui faudrait p’t’être bien qu’tu t’magnes, toi aussi… qu’tu t’dépêches d’mettre un terme à c’putain d’mauvais rêve une bonne fois pour toute.
j'ai pas été voir d'dans. j'suis restée plantée là. et j'sais même pas pourquoi j't'ai d'mander d'venir en fait.
t’sais pas si t’dois être vexé ou pas. vexé qu’elle sache pas pourquoi elle t’a téléphoné… ou flatté qu’elle l’ait fait, inconsciemment. et, à vrai dire, c’est l’cadet d’tes soucis en c’moment. parce qu’a plus urgent.
p’is, comme pour t’motiver mentalement, t’ouvres la bouche pour dire l’premier truc intelligent d’la soirée.
j’vais aller j’ter un coup d’œil… reste là.
et, oui, t’iras.
oui, tu l’feras.
pour elle. pour kenny. pour pas qu’elle r’ssente, un jour, la culpabilité d’avoir enlevé la vie à un être humain. parce que tu sais pas, toi, s’il y a encore quelqu’un, là d’dans. parce que tu sais pas, toi, si t’vas devoir t’défendre, la défendre, elle.
tu sais pas… comment ton cerveau malade va réagir.
tu sais pas… comment tu vas réagir.
en attendant, ça s’rait bien qu’tu téléphones à la police.
oui, ça s’rait bien. histoire d’t’empêcher d’faire une conn’rie, si l’cambrioleur n’a toujours pas quitté les lieux. histoire qu’ils puissent protéger ton amie… de toi-même, pas rien qu’du mec qu’a défoncé sa porte d’entrée.
p’is tu tournes enfin les talons, seven.
premier pas qu’t’oses faire d’puis ton arrivée. premier geste sensé, contrôlé, planifié. dos qu’tu tournes à la blonde avant d’pivoter l’menton vers elle.
oh et… hors d’question qu’tu dormes ici, c’soir ! quand bien même y a plus personne, m’en fou ! t’viens à l’appart’. avec moi. ok ?
sourcils qui s’haussent, prunelles qu’insistent.
t’lui serviras d’bouclier, s’il le faut. maint’nant qu’t’as r’trouvé la capacité d’te déplacer, plus rien n’va t’arrêter… hein, blackburn ?
c’est c’que tu t’répètes, en boucle, dans ton crâne. phrase qui t’sert d’béquille, à défaut d’pouvoir garder ton équilibre.
p’is t’es d’jà à l’intérieur, avant même qu’l’information puisse s’rendre jusqu’à ta matière grise.
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MessageSujet: Re: (senny) help me make it through the night.   Sam 3 Nov - 20:22


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t'sais pas vraiment quoi dire. t'sais pas non plus quoi faire. corps figé pendant bien trop longtemps. c'est à peine si tu t'souviens d'comment on s'y prend pour parler. articuler quelques mots. faire avancer les choses. tu restes plantée là, kenny. alors qu'tu devrais paniquer plus clairement, qu'tu devrais t'engouffrer dans ton appartement, sans perdre une minute de plus. voir si tes chats y sont toujours. c'est d'ailleurs la priorité que tu te fixes, que tu t'es fixée quand t'as constaté qu'la porte de ton loft était dans un piteux état. et puis, après, faudra qu't'ailles jeter un coup d’œil dans la chambre du fond. celle qu'tu fermes toujours à clé. celle qu'est hermétique et insonorisée. pièce élaborée sur mesure, dans le plus grand des secrets. la pièce la plus importante d'ton cocon, celle où y a jamais personne qui y entre, celle dont on n'parle pas. la pièce dérobée qui renferme tellement de secrets et pour laquelle tu es la seule à y avoir un accès illimité. normal, c'est ton appartement. et surtout, c'est ton business. la léthargie dont tu t'défais, les choses qui commencent à r'venir, la situation qui t'explose à la figure. et la première chose à laquelle tu penses, ce sont les plats d'ta mère, étendus sur le sol, morceaux de verres éparpillés et nourriture exposée au monde extérieur. rip. t’inquiètes pas … j’m’occupe de ça ! l'faible sourire en coin pour seule réponse. la présence du gamin qu't'as jugée nécessaire quand t'as pianoté quelques mots sur l'écran fêlé d'ton smartphone. tu t'rends compte d'l'absurdité d'ton intervention. tu t'en excuses même, princesse tremblante, probablement au bord du malaise. toi qu'es pourtant si forte d'ordinaire, la nervosité de c'que tu pourrais découvrir te submerge. sans qu'tu n'puisses rien y faire. tu bafouilles, tu cherches à répondre correctement, d'la façon la plus compréhensible qu'il soit. mais c'est clairement pas l'effet qu'ça donne, au final. poupée pas rassurée, désordonnée, désorientée. au point qu'tu t'demandes c'qu'il vient foutre là. pourquoi tu lui as d'mandé d'venir. à lui. parce qu'il est l'plus proche. parce que t'as confiance en lui, sans vraiment trop savoir pourquoi. p'tre bien qu'c'est son histoire qui t'a touché, quand tu l'as rencontré. toi qui n'faisait pas attention à c'que l'monde disait d'lui. parce que l'gamin, il n'a rien fait pour qu'on l'regarde d'travers. enfin, ça, c'est c'que tu crois. enfin, peu importe. c'est lui qu't'as contacté, en premier. doit bien y avoir une raison d'ailleurs. c'la dit, t'es incapable d'la fournir pour l'instant et ça s'ressent probablement dans tes propos maladroits. j’vais aller j’ter un coup d’œil … reste là. t'acquiesces machinalement. et c'tout aussi machinalement qu'tu fais un pas derrière lui. parce que c'pas ton genre de rester en arrière, de n'pas affronter les problèmes d'plein fouet. ouais mais pourquoi tu l'as appelé alors ? pas vraiment très courageuse si on analyse la situation avec plus de profondeur. alors tu t'ravises après être arrivée à hauteur de tes plats fracassés sur le sol. en attendant, ça s’rait bien qu’tu téléphones à la police. billes azurées écarquillées. non. qu'tu lâches. sans appel. hors de question qu'les flics se pointent. hors de question qu'dany se pointe. y aurait trop d'trucs qu'il faudrait qu't'explique et t'en as pas l'intention. déjà qu'tu sens qu'il va falloir qu't'en dises plus à seven, faudrait p'tre pas rameuter tout l'quartier non plus. autrement, c'est toi qui finira dans la merde kenny. c'pas négociable seven. pas d'keufs. point barre. la première phrase qu'ait du sens depuis qu't'es rentrée. la première phrase qui r'ssemble vraiment à quelque chose et qu'tu sors du fond d'tes tripes. hors d'question d'voir plein d'bonhommes en uniforme fouiller ta baraque d'fond en comble ou prendre une quelconque déposition. faut qu'ça passe sous silence. faut qu'ce soit un secret d'polichinelle. comme toi. oh et … hors d’question qu’tu dormes ici, c’soir ! quand bien même y a plus personne, m’en fous ! t’viens à l’appart’. avec moi. ok ? l'maigre sourire qu'étire tes lippes rosées. un brin désolée, un brin d'gratitude. t'as pas b'soin de répondre quoi qu'ce soit, d'toute façon, il ne te laissera pas le choix. jolie poupée pleine d'indépendance, faut bien avouer qu'là, t'as b'soin d'un p'tit coup d'main. et puis, tu l'vois plus. silhouette qui s'est glissée dans l'loft sans plus d'attente. un frisson court l'long d'ta colonne vertébrale. mauvais pressentiment. tu n'mets pas longtemps avant d'le r'joindre. t'as pas attendu qu'il t'dise que c'était bon. t'avais juste pas envie d'rester toute seule. avant qu'tu m'regardes d'travers, j'pense qu's'il y avait encore quelqu'un, ça fait bien longtemps qu'il aurait pu m'rentrer d'dans. et t'as pas foncièrement tord princesse bancale. conclusion hâtive pour justifier l'fait qu'tu t'retrouves à presser sa main dans la tienne. parce que t'as beau faire comme si c'était une évidence, tu n'en restes pas plus sereine. différence d'jugement entre tes paroles et tes gestes. y a rien qui s'accorde et y a ton r'gard qui s'balade dans l'salon r'tourné. putain ... l'souffle court, sous l'choc d'une effraction qui n'c'est pas spécialement passé dans l'plus grand des calmes. visiblement, y avait quelque chose à chercher, un truc à trouver.  y a un bruit dans ta piaule. un bruit d'sac. enfin, on dirait. tu t'figes l'espace d'deux s'condes. et puis, y a ton cerveau qui s'fait plus alerte. comme si t'avais trouvé la réponse à la question la plus chère d'un jeu télévisé. merde. tu lâches la main sauveuse du gamin et t'précipites dans ta piaule. il n'en faudra pas longtemps pour t'retrouver, genoux à terre, à scruter sous ton lit. mes bébés ... l'soulagement d'voir les deux paires d'yeux félins qui t'scrutent. peur panique d'l'animal. les chats qui s'rapprochent d'toi à pas feutrés. tout va bien ... maman est là ... qu'tu murmures, la femme aux chats, complètement gaga d'kit et kat. il s'passe p'tre une minute ou deux, l'temps qu'les bestioles sortent d'leur planque et viennent s'frotter contre toi. l'miaulement mêlé des mâles qu'ont r'trouvé leur maîtresse après une tornade. et toi d'les prendre dans tes bras. besoin d'te rassurer, d'les rassurer. et, l'espace d'un instant, t'en as oublié qu't'étais pas toute seule. tu prendrais deux pensionnaires d'plus, c'soir ? l'regard suppliant. tu n'peux pas les laisser ici et c'hors d'question qu'tu r'tournes chez tes parents. pas maint'nant, pas c'soir. pis t'as pas encore fait tout l'tour du propriétaire. y a la piaule du fond à vérifier. celle qu't'as peur d'retrouver vide.

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